La recherche d'un successeur au patron «démissionné» de Deutsche Telekom, Ron Sommer, aura duré quatre mois. C'est beaucoup pour en arriver au résultat présenté jeudi à Bonn. Le choix s'est finalement porté sur la candidature interne de Kaï-Uwe Ricke, 41 ans, qui est le fils du premier patron de Deutsche Telekom, Helmut Ricke (de 1990 à 1994). Le nouveau président de la direction générale était jusqu'à présent No 2 du groupe. Il dirigeait les deux plus grands pôles de croissance de la société, la téléphonie mobile (T-Mobile) et l'Internet (T-online).

On peut parler de couronnement du prince héritier tant les relations entre Kaï-Uwe Ricke et Ron Sommer étaient étroites. Le premier passe pour avoir été le plus fidèle allié du second. Ensemble, ils ont défini puis mis en œuvre la stratégie à l'origine du surendettement de Deutsche Telekom. Or c'est justement l'effet négatif durable de cette montagne de dettes sur le titre Telekom qui avait fini par coûter son poste à Ron Sommer le 16 juillet dernier. L'Etat, actionnaire avec 43% du capital, l'avait acculé à présenter sa démission pour calmer la colère des petits porteurs.

Depuis deux mois, la recherche de la perle rare tournait au cauchemar. Plusieurs grands noms du patronat allemand issus d'autres branches que les télécoms ont été sollicités pour un poste prestigieux et rétribué environ 4 millions d'euros par an. Mais tous ont fini par décliner l'appel, parfois de façon retentissante. Des fuites dans la presse ont fait douter du professionnalisme des démarches confiées au directeur intérimaire, Helmut Sihler. Le patron de Swisscom, Jens Adler, a pris le temps de réfléchir avant de repousser une offre qui l'aurait pourtant propulsé dans une autre dimension. Ces réticences disent à elles seules les difficultés qui attendent le nouveau chef de Deutsche Telekom.

Candidat de deuxième choix, Kaï-Uwe Ricke devra convaincre les investisseurs financiers qui attendaient un candidat de l'extérieur, supposé plus libre de remettre en cause les choix opérés par Ron Sommer. Lui-même a soutenu l'achat à prix d'or (39,4 milliards d'euros en cash et en actions) de l'opérateur américain de téléphonie mobile, Voice-stream. Sans parler de l'acquisition des licences UMTS à un prix aventureux. Ces deux décisions ont massivement augmenté l'endettement du groupe (64 milliards d'euros). Des dettes qui pèsent sur ses performances. Les résultats à neuf mois, présentés jeudi, bouclent sur une perte record de 24 milliards d'euros. Ce montant négatif s'explique surtout par des amortissements extraordinaires pour 20 milliards d'euros.

Partenaire américain

La marche opérationnelle des affaires est bonne (35 milliards, +12%). Donc la priorité absolue est de désendetter le groupe. Ron Sommer avait misé sur la mise en bourse de T-Mobile et la vente du réseau pour la télévision câblée. La première option a été reportée en raison de l'état dépressif des Bourses; la seconde a échoué sur le veto de la commission des cartels. L'idée de vendre Voicestream, caressée par les analystes boursiers, est écartée. En revanche, Deutsche Telekom pourrait trouver un partenaire américain à Voicestream. Cette option est ouverte, ont souligné Sihler et Ricke jeudi. L'idée de fusionner Voicestream, par exemple avec Cingular – ce nom est évoqué par la branche, mais des discussions sont démenties – permettrait à Deustsche Telekom de ne plus devoir consolider dans son bilan les dettes et les pertes de sa filiale américaine. Et les investissements pour construire le réseau mobile aux Etats-Unis seraient partagés sur plusieurs épaules.

Dans l'immédiat, l'entreprise est acculée à économiser. Massivement. Un plan prévoyant la suppression de 50 000 emplois d'ici 2005 a été confirmé jeudi. Kaï-Uwe Ricke est décidé à négocier avec les syndicats, même si cela retardera les effets financiers. Des mesures de rigueur sont imposées à l'interne. Par exemple, la business class est proscrite pour les voyages professionnels en avion. Les fournisseurs sont pressés comme des citrons. Les investissements sont rabotés. Dans la téléphonie fixe, le montant de l'abonnement vient d'être majoré tandis que le tarif des communications est réduit. Deutsche Telekom vendra ses participations mineures dans des activités secondaires (6 à 8 milliards d'euros, dont la vente du réseau câble). Et aucun dividende ne sera versé cette année aux actionnaires.