Le Temps: Qatar, l’une des plus puissantes compagnies aériennes s’allie à Bombardier – le fabricant de vos avions – pour débarquer dans l’aviation d’affaires. Une menace?

Thomas Flohr: Non. Je vous le dis sans prétention: les clients auxquels on s’adresse – souvent des dirigeants dans les matières premières – ne touchent pas la première classe des lignes classiques. Pas parce qu’ils veulent manger du caviar dans un jet. Mais simplement parce que leur agenda ne le leur permet pas. Vous êtes en pleine négociation d’un «deal» minier à Oulan-Bator et vous dites quoi? Désolé, arrêtons là, j’ai un avion dans une heure? En réalité, on parle de deux marchés différents. Un billet en «first» du golfe aux Etats-Unis coûte, quoi, 12 000 dollars? C’est une heure et demie de vol en jet.

– L’arrêt de l’octroi de prêts par les banques a tué certains concurrents. Vous fait-on encore crédit?

– D’une part nous n’achetons jamais un avion totalement à crédit. Ensuite une société qui a vu ses recettes croître de 25% l’an dernier – comme c’est notre cas – ne fait pas face aux mêmes problèmes. Nous avons toujours le choix entre deux ou trois banques. Sans compter qu’il est plus facile d’emprunter pour acheter un [Bombardier] Global Express, dont la valeur à la revente est solide.

– Votre succès annonce-t-il le rachat de concurrents plus faibles? Une cotation?

– En réalité même si c’était notre objectif – ce qui n’est pas le cas – je serais bien en peine de vous indiquer une compagnie que nous voudrions racheter. Quant à une entrée en bourse… En raison de notre croissance nous n’avons pas besoin de fonds propres, et je ne vois en outre pas pourquoi je vendrais mes parts. Ces trois prochains mois nous allons annoncer deux autres partenariats, afin d’accroître notre couverture géographique. Et notre activité.

– Le marché de la location d’avion est devenu extrêmement concurrentiel et les marges ont été laminées. C’est aussi votre cas?

– C’est le cas pour les petits avions sur un Genève-Nice. En raison du service que nous offrons, nous pouvons nous permettre de défendre nos prix. Quand vous voulez un long-courrier rejoignant le cœur de l’ex-Zaïre, vous voulez un avion impeccable, disponible immédiatement, une compagnie et des navigants de confiance. Et ce sans acheter un appareil. C’est notre cas: notre flotte passera de 31 à 60 appareils d’ici à 2015.