«Depuis dix ans, une moitié de la croissance du produit intérieur brut (PIB) provient de l’immigration et l’autre moitié de l’économie intérieure. L’administration publique engage 200 personnes par mois, le secteur de la santé 900 par mois. Ce modèle de croissance n’est pas durable», a averti Lukas Gähwiler, président d’UBS Switzerland, lors d’une conférence de presse, jeudi à Zurich.

«Comme la prospérité d’un ménage ne peut pas provenir de la destruction de son épargne, le bien-être à long terme du pays ne peut être issu de la consommation de services, mais du succès des entreprises à l’exportation», avertit Lukas Gähwiler. Ces champions de l’exportation souffrent de deux maux principaux, la cherté du franc et la réglementation, selon le banquier.

Tandis que la productivité des branches de l’économie intérieure est très inférieure à la moyenne, l’innovation est la pièce maîtresse de l’industrie suisse, selon UBS. Les 20 entreprises suisses les plus innovantes génèrent 9,6% du PIB et 270 000 emplois, soit 7,6% du total de la main-d’œuvre en Suisse, directement et indirectement, selon une étude réalisée par la grande banque et l’université de Saint-Gall. «La prospérité future dépendra avant tout de la capacité d’innovation et des conditions-cadres offertes aux entreprises les plus innovantes», explique Daniel Kalt, chef économiste d’UBS Suisse.

Le Top 20 de l’innovation

Ce «top 20» de l’innovation comprend Nestlé, ABB, Schindler, Sulzer, la pharma, l’horlogerie et les techniques médicales. Il faut éviter que ces sociétés quittent le pays, selon la banque. Mais les conditions-cadres se détériorent, ainsi qu’en témoigne le déclin de la Suisse au classement de la Banque mondiale en termes de facilité de faire des affaires et d’autorisations de construire. Dans le premier cas, la Suisse n’est plus que 26e, après avoir été 20e en 2015 et troisième en 2004. Dans le second cas, la Suisse n’est plus que 56e, derrière le Paraguay, après avoir été 56e en 2015 et 32e en 2009.

Les entreprises high-tech jouent un rôle clé. Elles représentaient 30% de l’ensemble de la valeur ajoutée brute de l’industrie en 2000. Cette part est passée à 43% en 2013, selon Dominik Studer, économiste auprès d’UBS. La valeur ajoutée brute est la contribution d’un secteur au PIB. L’étude souligne l’importance de la pharma, de la chimie et de la biotech. Les entreprises de ces branches concentrent 47% des dépenses de recherche et développement (R&D) privées dans le pays. Elles investissent 6,6 milliards de francs en Suisse à cette fin et 21 milliards dans le monde, mais leur chiffre d’affaires suisse n’est que de 2%.

Pour maintenir en Suisse les champions de l’innovation, les économistes d’UBS préconisent «des relations claires avec l’Union européenne, un frein à la réglementation, la réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III), un soutien à la formation dans les branches liées à l’innovation et un effort étatique basé non pas sur les subventions mais sur une fiscalité favorable aux entreprises et un effort de formation en faveur des branches de l’innovation».


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