Santé

Deux courtisans se disputent les moniteurs cardiaques de Lifewatch

La société zougoise a choisi l’offre de rachat de l’américain Biotelemetry. Mais le Fribourgeois Aevis n’a pas dit son dernier mot

Lifewatch s’est laissé séduire par Biotelemetry. Un mois après avoir refusé l’offre de rachat du groupe fribourgeois Aevis Victoria, les dirigeants de la société zougoise ont annoncé lundi avoir signé un accord préalable avec l’un de leur principal concurrent sur le marché du monitoring cardiaque à distance.

Les actionnaires de Lifewatch recevront un paiement en espèces et une participation dans l’entreprise américaine, selon un communiqué. Le montant de la transaction s’élève à environ 260 millions de francs. L’opération a été approuvée par les administrateurs des deux sociétés. A trois exceptions près. Le président de Lifewatch, Robert Bider, s’y est opposé. Tout comme deux autres administrateurs, Antoine Hubert et Antoine Kohler.

Ces deux derniers sont respectivement administrateur délégué et membre du conseil d’Aevis Victoria. Le groupe de cliniques, également propriétaire du groupe hôtelier Victoria-Jungfrau Collection et de la plateforme de télémédecine Medgate, détient déjà 11,99% du capital de Lifewatch. Et surtout, il s’était également positionné pour prendre une majorité dans Lifewatch. Son offre publique d’achat (OPA) avait débuté le 7 mars et devait se terminer ce lundi.

Qui se ressemble s’assemble

Lifewatch avait toutefois recommandé à ses actionnaires de rejeter l’offre d’Aevis. Le comité ad hoc de son conseil d’administration jugeait qu’elle n’était pas assez élevée, que les synergies potentielles n’étaient pas assez évidentes et que la stratégie d’Aevis dans la télémédecine n’était pas claire.

A l’inverse, le rachat de Biotelemetry est considéré comme plus adéquat. Les deux offres sont difficiles à comparer car toutes deux incluent des échanges d’actions. Mais Biotelemetry a expliqué lundi matin que son enchère recèle une prime pour les actionnaires de 41%, par rapport au cours de clôture de l’action du 23 janvier dernier. Soit la veille de la première évocation d’une OPA par Aevis.

Mais le prix n’est pas le seul facteur qui a fait pencher la balance, à en croire Lifewatch. «Cette fusion ouvre de nouvelles possibilités d’étendre nos activités et de mettre en valeur nos forces. Nous et Biotelemetry sommes très similaires, et nous travaillons sur les mêmes marchés», a exposé lors d’une conférence téléphonique Stephan Rietiker, le directeur général de l’entreprise comptant 660 employés.

Le chiffre d’affaires de Lifewatch s’élève à environ 114 millions de dollars. La société israélienne, cotée à la bourse suisse, a la particularité de tirer l’entier de ses revenus du marché américain – elle se lance sur le marché turc cette année. Avec sa palette de systèmes de suivi cardiaque à distance, systèmes qui visent par exemple à détecter de manière précoce les arythmies cardiaques chez les patients, l’entreprise bénéficie de la pression exercée sur les coûts de la santé. Plus précisément, affirme le bureau de recherche financière Edison, de la «tendance croissante des établissements hospitaliers à l’externalisation des suivis cardiaques ambulatoires».

Aevis veut prolonger son offre

Si Lifewatch et Biotelemetry ont officialisé leurs fiançailles lundi, la bataille de courtisans n’est peut-être pas terminée. Lundi, Aevis a réagi en soulignant que «selon le droit suisse des OPA, l’échéance de l’offre d’Aevis est prolongée jusqu’à l’échéance de l’offre de Biotelemetry». Le groupe a donc encore la possibilité d’augmenter la dot et de finir par convaincre les actionnaires. Contacté lundi, le groupe n’a pas souhaité en dire davantage. Mais il n’a pas non plus prévu de se taire à jamais.

Publicité