Corruption

Les deux dirigeants qui ont entraîné Falcon Bank dans le scandale 1MDB

La banque privée suisse, impliquée dans le plus grand scandale financier au monde, vient d’être sanctionnée par Singapour et la Finma. A l’origine de ces châtiments: les ex-présidents de l’établissement Khadem Al Qubaisi et Mohammed Al Husseiny. Le premier est familier des milieux financiers genevois

Falcon Private Bank et ses dirigeants ont-ils fait leur travail pour empêcher que leur établissement ne serve à blanchir de l’argent provenant du fonds malaisien 1MDB? La réponse, tombée ce mardi dans les colonnes du Financial Times, est non. La banque centrale de Singapour vient de lui retirer sa licence. Le gendarme suisse des marchés financiers (Finma), de son côté, lui a confisqué 2,5 millions de francs de bénéfices injustifiés, sachant qu’en mai dernier – dans le cadre de la même affaire – elle avait ordonné le démantèlement de la BSI, dans le cadre de la même affaire.

Lire aussi: 1MDB: le scandale financier de la décennie en 5 questions

Les deux responsables des dégâts subis par Falcon Private Bank, entité rachetée en 2009 à AIG par IPIC, un fonds souverain d’Abu Dhabi: les ex-présidents de l’établissement présent à Zürich (son siège) et à Genève, Khadem Al Qubaisi et Mohammed Al Husseiny. Tous deux ont dirigé IPIC, mais ont été démis de leurs fonctions ce printemps. Visés par la justice américaine et suisse pour avoir détourné près de trois milliards de dollars d’1MDB, ils ont été arrêtés au Moyen-Orient. Leurs avoirs ont été gelés.

Quelque 681 millions de dollars auraient terminé, sans que le top management et le service compliance de la banque ne le signalent, sur le compte privé de Najib Razak, premier ministre de la Malaisie. Puis entre 135 millions et 1,2 milliard de dollars dans les poches de Jho Low, «un jeune homme d’affaires malaysien», précise la Finma, proche de l’homme fort de Kuala Lumpur et au cœur de ce scandale financier du siècle. Ces deux transferts sont qualifiés de «surréaliste» par d’anciens employés de Falcon Private Bank. Rien que le premier montant représente «5% des avoirs sous gestion de l’établissement à l’époque». Il était en plus «destiné à un chef d’État».

Trafic de voitures de luxe?

Les noms de Khadem Al Qubaisi et Mohammed Al Husseiny apparaissent chacun à 54 reprises dans la plainte civile américaine de 136 pages. Ils font l’objet d’accusations pénales (blanchiment d’argent, escroquerie, faux dans les titres, etc.) en Suisse. Le premier, âgé de 45 ans, est connu comme le loup blanc à Genève, plusieurs banquiers de la place ayant témoigné l’avoir fréquenté. Le second, un ressortissant américain de 54 ans, d’origine kenyane, fait l’objet d’une demande d’extradition de Washington. Jusqu’à leur arrestation, les deux hommes menaient «un train de vie de milliardaires», selon plusieurs acteurs de la place financière du bout du lac.

Pour preuve: Khadem Al Qubaisi aurait offert une Aston Matin grise à son banquier luxembourgeois, Marc Ambrosien, ex-directeur de la filiale d’Edmond de Rothschild, établissement faisant depuis aussi l’objet d’enquêtes dans le cadre d’1MDB. Comme nous le montre le bon de commande obtenu par Le Temps, la livraison a été effectuée depuis une entreprise de convoyage à Genève.

Khadem Al Qubaisi est aussi le propriétaire d’Hakkasan, groupe détenant des boîtes de nuit aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs dans l’un de ses établissements, à en croire le témoignage du rappeur O.T. Genasis, que Leonardo DiCaprio, Jho Low et Riza Aziz – beau-fils de Najib Razak et coproducteur du film Le Loup de Wall Street ont été vus en 2014 lors des 40 ans de la star américaine en train «d’arroser les murs avec du champagne pour au moins 1 million de dollars, dont des bouteilles d’As de Pique à 50 000 dollars l’unité», la marque française dont la distribution aux Etats-Unis est détenue par le rappeur Jay Z. 

Lire aussi: Leonardo DiCaprio empêtré dans l’un des plus grands scandales financiers du XXIe siècle

Publicité