Immigration

Deux économistes révèlent les gagnants et les perdants de la libre circulation des personnes

Un travail de recherche de l’un des experts mondiaux les plus connus en matière d’immigration et d’un économiste du KOF souligne les handicaps subis par les Suisses qui ne sont pas au bénéfice d’une formation universitaire

Les gagnants et les perdants de

la libre circulation des personnes

Migrations Une étude souligne les handicaps subis par la classe moyenne

Pour la première fois, une étude révèle les différences majeures causées par la libre circulation en fonction du degré de qualification. Jusqu’ici, les économistes avaient indiqué un impact modeste sur les salaires des Suisses. Le travail de recherche* est l’œuvre d’Andreas Beerli, économiste au KOF, et Giovanni Peri, de l’Université de Californie. Ce dernier est l’un des chercheurs les plus réputés du monde en matière d’immigration.

Les auteurs effectuent un travail original. Ils exploitent les différences d’agenda dans la mise en œuvre de la libre circulation entre les régions frontalières et non-frontalières. Cet échelonnement permet aux économistes d’estimer les effets des flux migratoires sur le marché du travail selon une approche novatrice. En effet, la réforme s’est produite en 2004 dans les régions frontalières et en 2007 dans les régions intérieures. Entre 1998 et 2010, le nombre d’immigrés s’est accru de 180 000, soit une augmentation de 45%.

Un effet d’éviction

La mise en œuvre de la libre circulation s’est traduite par une augmentation de 3 à 4 points de pourcentage de la part de nouveaux immigrés dans les régions frontalières par rapport aux autres.

La principale contribution d’Andreas Beerli et Giovanni Peri se situe dans la mise en évidence des gagnants et des perdants de la libre circulation.

L’atout d’une formation universitaire

Certes, l’effet sur le total des salaires des Suisses a été faible. Mais ils observent d’une part la promotion obtenue par les Suisses les plus qualifiés à la suite de la libre circulation, et d’autre part l’effet d’éviction dont ont souffert les Suisses n’ayant par de formation tertiaire. Ils ont dû changer de fonction, effectuer des tâches plus simples et répétitives. Parfois ils ont perdu leur emploi. Il s’agit de personnes au bénéfice d’un apprentissage et âgées de plus de 50 ans. L’effet est moindre pour les 35-49 ans. La raison est à chercher dans le degré de qualification supérieur (universitaire) des immigrés.

En 1998, seuls 15% des immigrés disposaient d’une formation tertiaire. Ce pourcentage a doublé à 30% en 2010. Durant cette dernière année, 70% appartenaient aux deux catégories de formation les plus élevées.

L’étude montre qu’une augmentation d’un point de pourcentage des immigrés a réduit la part des Suisses moyennement qualifiés de 1,2 à 1,7 point de pourcentage dans les fonctions intermédiaires et accru d’une mesure semblable leur présence dans les tâches les plus simples. Quantitativement, cela s’est traduit par une réduction de 4,8 à 6,8 points de pourcentage de leur part dans les travaux de routine.

Par contre, les employés suisses les plus qualifiés ont bénéficié d’une promotion. L’immigration leur a permis de grimper dans l’échelle des responsabilités et des salaires. On observe une hausse de 4,8 points de pourcentage de la part des employés suisses les plus qualifiés durant la période. Enfin, les employés sans qualification, la troisième catégorie d’employés, n’ont pas subi de modification salariale, selon Beerli et Peri.

La part des nouveaux immigrés s’est accrue de 12,6 à 18,2% dans les régions frontalières durant la période d’observation et de 5,5 à 7,4% dans les régions intérieures.

* «The Labor Market Effects of Opening the Border: New Evidence from Switzerland» (NBER Working Paper, juillet 2015).

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