Ces clients de Credit Suisse croyaient investir dans des placements sûrs, ils prenaient en fait des risques. Ils pensaient détenir des obligations liées à des prêts étudiants garantis par les pouvoirs publics, ils jouaient en fait sur un marché devenu depuis tristement célèbre, celui des prêts hypothécaires américains à risque, les «subprime». Et ils ont perdu gros.

Mercredi, le gendarme des marchés financiers américains (SEC) a inculpé deux courtiers de Credit Suisse d'escroquerie, pour un montant de plus d'un milliard de dollars (1,2 milliard de francs). Ces deux banquiers, de 35 et 36 ans basés à New York, aidaient les entreprises à gérer leurs surplus de trésorerie, selon le communiqué de la SEC. A l'origine, fin 2004, ils plaçaient ces liquidités dans des titres présentés comme peu risqués: des prêts aux étudiants garantis par un programme fédéral sous forme d'ARS («auction rate securities»), un marché sur lequel plusieurs banques, dont UBS, ont subi des dommages.

Courriels falsifiés

Toutefois, pour augmenter leurs commissions, les courtiers ont en réalité investi l'argent de leurs clients dans des obligations liées au marché immobilier (CDO). Ces dernières offraient des rendements plus élevés, mais n'étaient pas sans risque. Dans les courriels qu'ils adressaient aux investisseurs, ils retiraient les références aux hypothèques pour le remplacer par le terme «Education», accuse la SEC.

L'activité des deux banquiers a pris une tournure intenable dans le courant de l'été 2007, lorsque le marché des «subprime» a volé en éclats. Au final, 800 millions de dollars d'avoirs de leurs clients seraient dans une large mesure partis en fumée. La SEC annonce vouloir tout faire pour récupérer cette somme.

Credit Suisse a indiqué mercredi soir avoir détecté cette activité illégale en septembre 2007. Elle a tout de suite suspendu ses deux courtiers, qui ont alors donné leur démission. Ils «ont violé leurs obligations envers Credit Suisse et nos clients», précise-t-elle par courriel. Avant d'ajouter: «Credit Suisse a immédiatement informé les autorités et collabore depuis avec elles.»

Un des deux courtiers se trouve entre les mains de la justice. Il devait être entendu mercredi encore par la Cour fédérale de Manhattan. L'autre a quitté le territoire, mais n'est pas en fuite, a indiqué un porte-parole de la justice. Inculpés au pénal pour association de malfaiteurs et de fraude sur titres financiers, ils risquent jusqu'à 25 ans de prison chacun et plus de 5 millions de dollars d'amende.

Bien qu'élevé, le montant de cette fraude ne dépasse pas celle dont est accusé Jérôme Kerviel, l'ex-cambiste de la Société Générale: quelque 5 milliards d'euros.