Sans être alarmiste, le ton du dernier rapport sur la stabilité financière de la BNS reste très marqué par la récente crise financière. Loin de baisser la garde suite à l’accalmie récente observée sur les marchés, la Banque nationale suisse maintient ses exigences envers les deux principaux établissements helvétiques. Pour l’essentiel, les deux grandes banques devront encore réduire davantage leur endettement et renforcer leurs fonds propres. De plus, leurs structures devront être réorganisées afin de permettre, en cas de besoin, un démantèlement «ordonné» (lire l’encadré ci-dessous). Tels sont quelques-uns des thèmes traités dans le rapport d’une quarantaine de pages présenté ce jeudi matin lors d’une conférence de presse à Berne.

Évolution contrastée

Dans son appréciation générale de la situation, l’institut d’émission met en évidence l’évolution contrastée entre, d’une part, les deux grandes banques et, d’autre part, les autres établissements axés sur le marché intérieur. Globalement, l’«indice de stress» de la BNS, une mesure qui repose à la fois sur des informations publiées mais aussi des données réservées aux autorités de surveillance, se maintient à un niveau élevé historiquement en raison des deux grandes banques, précise le rapport. A l’inverse, la situation est jugée normale pour le reste du secteur bancaire helvétique (établissements cantonaux, banques régionales, Raiffeisen). La rentabilité des établissements axés sur le marché intérieur reste même encore supérieure à la moyenne de long terme et leur base de fonds propres demeure confortable. Il n’en va pas de même pour UBS et Credit Suisse.

En dépit de la forte réduction de leur portefeuille de négoce l’an dernier, la situation reste jugée insatisfaisante pour les deux grandes banques. « L’exposition aux risques de ces deux établissements reste importante, non seulement en termes absolus, mais aussi du point de vue de leur capacité à absorber des pertes futures », considère la BNS. Chez UBS, des pertes correspondant à environ 2% des actifs totaux de la banque suffiraient ainsi à épuiser ses réserves de capitaux. Cette proportion devrait grimper à 3% dans le cas de Credit Suisse.

Levier trop élevé

Ces chiffres soulèvent une nouvelle fois la question du niveau d’endettement de ces deux établissements. La banque nationale avait déjà plaidé l’été dernier en faveur de l’introduction d’un ratio de fonds propres minimum ramené à la taille du bilan des banques sur une base non pondérée. A fin 2008, le ratio des actifs «tier 1 » rapportés à la somme du bilan atteignait seulement 1,6% chez UBS et 2,9% chez Credit Suisse (3,2% à fin mars). En d’autres termes, cela correspond à un levier de 60 chez UBS et de 33 pour Credit Suisse. Ce niveau reste très élevé, aussi bien d’un point de vue historique qu’en comparaison internationale, souligne le rapport. «La BNS considère un levier supérieur à 20 comme imprudent et non souhaitable durant les bonnes périodes. En d’autres termes, la base de fonds propres devrait correspondre à au moins 5% de la somme du bilan en période favorable», ajoute la BNS. Cette recommandation va au-delà de la demande de l’autorité de surveillance des marchés financiers, la Finma, qui exige un «leverage ratio» d’au moins 3% pour les groupes bancaires. Ces mesures ne devraient toutefois pas être mises en place avant 2013, afin de ne pas pénaliser davantage les deux grandes banques.

Reste à savoir comment les dernières exigences formulées par la BNS concernant le «leverage ratio» pourront être mises en oeuvre, compte tenu des restrictions qu’elles impliqueraient pour les deux grandes banques. A cet égard, il sera intéressant d’écouter les explications de la BNS à ce sujet durant la conférence de ce matin.

Deux scénarios

Comment évoluera la situation durant les prochains mois ? La banque nationale envisage deux tendances possibles. Son «scénario de base», jugé le plus probable, prend en compte l’hypothèse d’une reprise graduelle en 2010, qui succédera à la récession de 2009. Même dans ce scénario le plus optimiste, une «forte détérioration» de la qualité du crédit est escomptée par la BNS. Le second scénario, qui est lui qualifié d’«adverse», prévoit une récession de plus longue durée, aggravé par une forte baisse des prix sur les marchés financiers.

Ces deux scénarios auraient un impact distinct pour les deux catégories d’établissements. Dans la première hypothèse, les banques axées sur l’économie intérieure ne subiraient qu’une augmentation modérée des pertes sur le marché des crédits. Seule une aggravation supplémentaire de la situation entraînerait des pertes élevées pour les établissements orientés sur le marché helvétique, à quoi s’ ajouteraient des charges supplémentaires résultant de la baisse des prix sur les marchés financiers. Pour les grands établissements, le scénario le plus pessimiste impliquerait en revanche des conséquences beaucoup plus graves. Et comme une nouvelle détérioration de la situation ne peut pas être entièrement exclue, les deux grandes banques n’ont d’autre choix que de continuer à réduire leur degré d’exposition aux risques, considère la BNS.