Le groupe laitier lucernois Emmi signera dans deux semaines le contrat de reprise du pôle fromager de Swiss Dairy Food (SDF), en sursis concordataire provisoire. Le rachat sera rétroactif au 1er octobre. L'intégration du secteur fromager de SDF dans Emmi, premier groupe laitier de Suisse, a déjà reçu l'aval de la Commission de la concurrence.

Mais où en est-on de la reprise des autres sites – notamment romands – de SDF? Dans un premier temps, l'entreprise avait mis une pression maximale en annonçant qu'elle les fermerait au 31 octobre si aucune solution n'était trouvée. La semaine dernière, SDF a annoncé le report du délai. Un accord de garantie de déficit a été trouvé avec les producteurs suisses de lait; il permet de poursuivre la fabrication de poudre à lait à Lucens et Thoune jusqu'à la fin de l'année, à raison de 19 millions de kilos par mois.

Pour la branche, c'est un soulagement, car si la valorisation des excédents de lait avait été interrompue, le marché se serait probablement effondré, mettant dans une situation plus que délicate quelque 2800 producteurs. On sait par ailleurs que l'entreprise fribourgeoise Cremo a déposé une offre de reprise pour les sites de Thoune et Lucens.

Ballon d'oxygène pour le site du Mont-sur-Lausanne également. «Grâce au bon taux d'occupation et à la baisse du prix du lait à partir du 1er novembre», précise un communiqué de SDF, le conditionnement du lait peut y être poursuivi de manière rentable jusqu'à conclusion d'un accord avec un repreneur. Six cents producteurs livrent quatre millions de kilos de lait au Mont chaque mois. Au vu de cette situation meilleure que prévu, les chances d'un rachat sont encore augmentées. Cremo propose de reprendre le conditionnement au Mont, tandis que les Laiteries Réunies s'intéressent à la partie logistique.

Discussions sérieuses

Pour ces deux dernières entreprises, le délai supplémentaire est bienvenu, car les négociations avec SDF – qui doivent être avalisées ensuite par le commissaire au sursis puis le juge en charge du dossier – soulèvent pas mal de colles juridiques, en plus de l'inévitable bras de fer financier. La direction de Cremo qualifie les discussions de «sérieuses et approfondies» mais ne cache pas qu'elles avancent un peu plus lentement que prévu. SDF ne fait aucun commentaire.

L'autre volet du sauvetage concerne les cantons de Vaud, Fribourg, Berne et Neuchâtel et les fédérations laitières de ces cantons, désormais regroupées sous le nom Prolait. Conjointement, ils doivent financer une partie du projet Cremo. Là aussi, les négociations sont aussi intenses que discrètes. Dans deux cantons, on laisse entendre que le rôle de l'Etat ne pourra être que «très subsidiaire», tandis que les fédérations asséchées par une nouvelle baisse du prix du lait intervenue ces jours n'ont guère de moyens. La solution pourrait être trouvée du côté de crédits bancaires garantis dans le cadre de l'arrêté Bonny.