Campagne

Deux organisations suisses plaident pour réduire l’usage de l’huile de palme

Action de carême et Pain pour le prochain appellent les consommateurs à se passer de cette huile, synonyme d’accaparement des terres, de déforestation et de déracinement des populations. Selon elles, le label de qualité n’est pas fiable

Deux organisations caritatives suisses – Action de carême et Pain pour le prochain – lancent ce lundi un appel national à réduire la consommation d’huile de palme. Elles demandent aussi aux détaillants de restreindre le nombre de produits contenant cette huile produite en Asie dans leurs rayons. Un appel à signatures en ligne adressé aux consommateurs les invite à appuyer cette requête.

«Cette démarche est notre dernier recours, déclare Miges Baumann, coordinateur de cette campagne des deux ONG. Nous en appelons directement aux consommateurs puisque nos prédécentes initiatives n’ont pas donné les résultats escomptés.» Depuis plusieurs années, Action de carême ne cesse d’attirer l’attention des importateurs et des entreprises qui utilisent de l’huile de palme sur les conditions de sa production. «Les grandes surfaces, notamment Migros et Coop que nous avons rencontrés, comprennent notre démarche, poursuit Miges Baumann. Mais elles n’y adhèrent pas, en disant qu’elles n’utilisent que de l’huile de palme certifiée par le label de qualité RSPO – Table ronde pour une huile de palme durable.»

Au mépris des populations

Il y a une vingtaine d’années, le monde a découvert les conditions de production de l’huile de palme. En Indonésie et en Malaisie, qui couvrent 85% des besoins mondiaux, des milliers d’hectares de forêt tropicale sont rasés jour après jour, au mépris des populations rurales, de leur mode de vie et de la biodiversité. Au profit de la culture de rente plus profitable pour les propriétaires terriens et l’agro-industrie. D’environ 18 millions de tonnes en 1997, la production mondiale a grimpé à près de 120 millions de tonnes en 2017. Le palmier à huile a le plus fort rendement en produit fini par hectare. Son bas coût, sa bonne stabilité à la cuisson et son goût neutre expliquent son succès. Elle entre dans la fabrication de produits alimentaires, notamment chocolat et plats cuisinés, ainsi que dans celle de produits de nettoyage.

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C’est pour répondre aux critiques que des producteurs, des industriels et des distributeurs se sont liés à des organisations de développement et de l’environnement dont le WWF, et ont mis en place la certification RSPO. Objectif: une pratique agricole durable permettant, d’une part, de réduire la déforestation et, d’autre part, d’aider à préserver la biodiversité et à respecter les communautés rurales. Le premier million d’hectares de surface de production d’huile de palme avait été certifié en août 2011. Contacté par Le Temps à propos de son rôle, le WWF n’a pas répondu à l’appel.

Accaparement des terres

«Nous savons aujourd’hui que les critères de certification sont trop vagues et les contrôles trop lâches», s’insurge Miges Baumann. Il relève que le RSPO repose sur le principe de volontariat et ne prévoit pas de mécanisme de sanction. Lors de récentes visites en Indonésie, les représentants des organisations suisses ont aussi constaté l’usage de pesticides dangereux. «Dans tous les cas, le label RSPO n’empêche ni la destruction des forêts tropicales ni les cas d’accaparement des terres par des grandes entreprises et encore moins la violation des droits humains des populations rurales», explique le coordinateur de la campagne.

Les deux organisations suisses ne sont pas les seules à se révolter contre RSPO. L’an dernier, Paneco, une organisation environnementale suisse qui est membre fondateur du label, a quitté l’organisation. Selon un document publié alors, elle contestait «un nouveau règlement qui interdisait toutes critiques émanant des membres alors même qu’en réalité il y avait de nombreux problèmes.»

Le label a ses problèmes

Dans une réponse écrite au Temps, Danielle Morley, chargée des Programmes de sensibilisation de RSPO en Europe, admet qu’il y a de nombreux problèmes dans la gestion du label. «Mais nous avons un système interne pour les analyser et les résoudre», dit-elle. Citant le WWF, elle ajoute que la demande d’huile de palme va doubler d’ici à 2050, à 240 millions de tonnes. Dans ce contexte, l’accaparement des terres représente un sérieux risque, à ses yeux. Danielle Morley affirme par ailleurs que son organisation reconnaît que le respect des droits humains est une priorité et déclare que des mesures sont en cours pour améliorer le sort des populations lésées.

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