Rares sont ceux qui le disent à haute voix, mais le processus de nomination du successeur de Renato Ruggiero au poste de directeur général à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) est bel et bien bloqué. La réunion du Conseil général hier n'a pas abouti, l'obtention d'un consensus des 134 membres de l'organisation n'ayant pas été atteinte. L'ultime date butoir pour la nomination a été fixée au 30 avril par Ali M'chumo, président du Conseil général de l'OMC – date à laquelle le mandat de quatre ans de Renato Ruggiero arrivera à échéance.

Si le candidat thaïlandais Supachai Panitchpakdi garde une très légère avance sur son concurrent néo-zélandais Mike Moore, certains délégués s'accordent à penser que les oppositions seraient moins importantes contre ce dernier, notamment parmi les anciens supporters du candidat marocain Hassan Abouyoub qui s'était retiré le 22 mars. Mais après la nomination de quatre directeurs généraux européens à la tête du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) jusqu'en 1995 et l'élection de l'Italien Renato Ruggiero pour diriger l'OMC, nombreux sont les pays en voie de développement qui demandent qu'un des leurs prenne la relève.

L'histoire se répète: la nomination de Renato Ruggiero en 1995 avait été tout aussi laborieuse. Si la situation s'était finalement débloquée en faveur de l'Italien, c'était par hasard: les Etats-Unis, grands supporters de l'ancien président mexicain Carlos Salinas de Gortari, se sont retrouvés dans une situation délicate lorsqu'on a appris l'arrestation de son frère, impliqué dans une obscure affaire de meurtre et de blanchiment d'argent. Quant au Sud-Coréen Kim Chul-su, soutenu par plusieurs pays de la région Asie-Pacifique, c'est en obtenant le quatrième poste de directeur général adjoint de l'OMC qu'il a accepté de se retirer de la course. L'un des papables actuels accepterait-il cette possibilité? Et si oui, lequel?

Dans son discours hier au Conseil général, Renato Ruggiero disait que le système de consensus, sur lequel se base l'organisation, faisait la force de l'OMC. «Au contraire d'une situation de vote, toute l'énergie placée dans les négociations cherche l'obtention d'un accord basé sur l'inclusion et non pas la domination d'une partie sur l'autre.» Mais ce but équitable ne comporte aucune règle pour y parvenir. L'OMC aurait peut-être dû s'en souvenir, après l'expérience de 1995, et essayer d'y remédier.

A deux semaines du départ de Renato Ruggiero, l'organisation risque de se trouver sans chef. Une solution évoquée par Ali M'chumo consisterait à prolonger le mandat d'un ou deux directeurs généraux adjoints afin de faciliter le processus de transition, car le temps presse. En effet: début juin, une délégation commerciale chinoise est attendue à Genève pour négocier l'accession de la Chine à l'OMC. Après l'échec des pourparlers entre Bill Clinton et le premier ministre chinois Zhu Rongji la semaine dernière, les négociations genevoises replaceront le problème de l'accession de la Chine dans un contexte multilatéral.