Nouveau rebondissement chez SIG. Six mois après l'assemblée générale houleuse du fabricant d'emballages en carton schaffhousois, ce dernier a reçu une offre d'achat hostile de la part de la société britannique de capital-risque CVC Capital Partners (CVC) et de FERD, propriétaire du norvégien Elopak, actif dans les emballages pour les produits liquides.

Il y a moins d'un an, ces deux noms circulaient déjà dans le marché, aux côtés de Rexam et en tant qu'acquéreurs potentiels du numéro deux mondial des emballages en carton derrière Tetra Pak. Mais rien de concret n'avait suivi les rumeurs.

Aujourd'hui, l'offre de CVC et de FERD (ndlr.: la première date de 1986!) est ferme. Elle a été lancée vendredi dernier de manière officielle dans un courrier adressé à Lambert Leisewitz, président du conseil d'administration de SIG. Elle prévoit un paiement maximal de 350 francs par action en cash, ce qui représente une plus-value de 22,4% par rapport au prix d'ouverture des trente jours précédant l'offre. Celle-ci valorise SIG à 2,275 milliards de francs. Ce prix maximal est néanmoins conditionné à un processus de «due diligence», autrement dit un examen approfondi des comptes de SIG, et une garantie d'exclusivité pour FERD.

Offre insuffisante

Du côté du fabricant d'emballages schaffhousois, on rejette fermement l'offre de CVC et de FERD. Dans un communiqué publié dimanche, le conseil d'administration de SIG dit avoir décidé de rejeter l'offre, dans l'intérêt de tous les actionnaires et de la compagnie. «Le conseil d'administration est convaincu que la valeur de SIG est nettement supérieure au prix indiqué par CVC et FERD. A travers la stratégie adoptée en novembre dernier, SIG, en tant que groupe indépendant, se trouve en position de générer une plus-value substantielle dans les prochaines années, à laquelle tous ses actionnaires auront la possibilité de participer», peut-on lire dans le communiqué. De plus, le conseil d'administration a décidé d'ouvrir ses comptes aux autres sociétés intéressées par SIG. «Il existe d'autres alternatives. Nous voulions par exemple racheter Elopak, mais la famille propriétaire a refusé ce scénario», confie Lambert Leisewitz.

Bataille gagnée

Pour mémoire, certains actionnaires de SIG, parmi lesquels les fonds Cheyne et Sterling du financier tessinois Tito Tettamanti, avaient lancé il y a six mois une véritable fronde contre le conseil d'administration de SIG. Ils demandaient formellement la non-réélection de Lambert Leisewitz et le remaniement du conseil d'administration. L'origine des tensions se trouvait justement dans le refus par le conseil d'administration d'autoriser un examen approfondi des comptes à des acquéreurs comme CVC. Du côté de SIG, on estimait qu'une offre publique de rachat, au sens où la loi suisse sur les OPA le prévoit, n'avait pas été lancée. La fin de ce bras de fer avait eu lieu lors de l'assemblée générale du 30 mars. Sterling et les autres fonds n'avaient de justesse pas réussi à faire éjecter Lambert Leisewitz.

Aujourd'hui, la donne a totalement changé. D'après Paolo Bozzo, vice-président chez Sal. Oppenheim, «le marché s'attend clairement à ce que d'autres compagnies industrielles expriment leur intérêt pour SIG. Parmi les noms qui circulent, on retrouve Rexam, GEA et Amcor. Un montant supérieur pourrait aussi être proposé par Elopak et CVC.»

A la Bourse suisse, le titre SIG a décollé. Lundi, il a clôturé à 345,5 francs, soit une hausse vertigineuse de 13,2% en une journée.