Innovation

Deux start-uppers suisses racontent leur expérience au MassChallenge

Certaines start-up suisses n’ont pas attendu que le programme s’installe à Genève pour en profiter. Deux d’entre elles témoignent, relativisant parfois son impact

«Imaginez un bâtiment contenant 120 start-up, actives dans tous les domaines possibles et imaginables et provenant du monde entier…» Anthony Aho, cofondateur de l’entreprise vaudoise PB&B, décrit un environnement bouillonnant d’activité lorsqu’il évoque son expérience au sein de l’accélérateur américain MassChallenge. C’était il y a un an. Sélectionné parmi plus de 2000 autres concurrents, il s’est envolé pour Boston afin de participer avec une centaine d’autres à l’aventure Mass­Challenge.
Sa start-up, née en 2013 à l’EPFL, propose une solution anti-âge naturelle. Via l’injection d’une substance contenant des microsphères biodégradables chargées de lipides, elle permet de redonner du volume aux tissus adipeux de la peau. Problème, cette technologie médicale est coûteuse à mettre en place: elle est évaluée par ses créateurs à 4 millions de francs. «En Suisse, trouver des investisseurs prêts à mettre entre 2 et 10 millions, c’est comme traverser la vallée de la Mort, explique Anthony Aho. Les start-up se lancent avec succès mais, au fur et à mesure qu’elles se développent, beaucoup quit­tent le pays ou meurent par manque de financements», analyse le patron de PB&B. Et c’est justement ce manque d’accès au capital-risque et aux investissements qui a forcé la start-up à par­tir explorer d’autres possibilités aux Etats-Unis.
«Là-bas, ce qui se passe en une se­maine met un an à se construire en Suisse», commente Anthony Aho, évoquant le solide réseau qu’il a pu se constituer grâce au MassChallenge, les diverses conférences proposées et le soutien apporté à chaque start-up. Et de raconter les amitiés nées avec les autres participants, les conseils partagés. Le directeur de PB&B relève cependant un point négatif. Le programme, qui accueille des start-up de tous les domaines, s’est avéré trop généraliste pour son entreprise spécialisée dans la technologie médicale. Celle-ci doit composer avec des réglementations strictes et spécifiques. Les conseils donnés n’ont donc souvent pas trouvé de résonance dans son cas.

De nombreux frais 
pour participer

«En termes purement financiers, le MassChallenge m’aura plus coûté que rapporté», ironise quant à lui Matthias Vanoni, cofondateur de la société romande Biowatch. L’énergique trentenaire a également participé à l’édition 2015 du MassChallenge de Boston. Son but était de trouver des investisseurs prêts à lever des fonds pour son projet d’identification sécurisée par la biométrie des veines. Chaque individu possède une empreinte veineuse différente.
L’idée brevetée par Matthias Vanoni consiste donc à utiliser ce schéma veineux unique pour sécuriser l’accès aux objets connectés, via un capteur installé dans les bracelets de montre.
Outre les bureaux mis à la disposition des participants et les conférences proposées, Matthias Vanoni évoque surtout les frais nécessaires pour participer au MassChallenge. «Il faut payer l’hébergement sur place, les trajets… Dès le moment où tu ne gagnes pas le concours, cela devient un investissement sans retour», explique-t-il. A tel point que le cofondateur de Biowatch n’est allé à Boston que trois fois en l’espace de quatre mois. Il a pu en revanche compter sur deux de ses collaborateurs habitant déjà sur place pour suivre le programme.
Celui-ci s’est d’ailleurs rapidement avéré inadapté aux besoins de la jeune start-up. «Dans notre phase de développement, nous cherchions principalement à démarcher des business angels», explique Matthias Vanoni. Des particuliers qui acceptent d’investir dans des entreprises innovantes, mais aussi de mettre à la disposition des start-up leurs compétences et réseaux professionnels, plutôt que des venture capitalists qui eux investissent de plus grosses sommes, dans des entreprises plus matures. «Ces «anges» sont plus faciles à trouver localement», précise-t-il, car ils privilégient le contact direct avec les entrepreneurs, l’investissement étant basé sur la construction d’une relation. D’où l’intérêt, selon le fondateur de Biowatch, de créer un MassChallenge en Suisse: réduction des dépenses pour les start-up souhaitant y participer et ancrage local facilitant la recherche d’investisseurs.

Visibilité

Si le concours MassChallenge n’a finalement débouché sur aucun financement concret pour ces deux start-up suisses, ni Anthony Aho ni Matthias Vanoni ne regrettent leur participation. «Le MassChallenge nous aura quand même offert une forte visibilité et de la crédibilité auprès de nos investisseurs actuels et futurs», conclu Matthias Vanoni.

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