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67% des 1030 sociétés sondées disent tirer profit de l'aéroport.
© MARTIAL TREZZINI

Sondage

Deux tiers des entreprises genevoises dépendent de Cointrin

D’après la dernière enquête conjoncturelle de la CCIG, le secteur privé du canton s’inquiète moins du franc fort pour 2017 que de la situation économique générale, de la concurrence et de la recherche de nouveaux clients. Thierry Lavalley, président de la Société des hôteliers de Genève, tire la sonnette d'alarme

La présence d’un aéroport international est-elle utile à votre entreprise? C’est à cette petite question subsidiaire, posée dans le cadre de la 17e enquête conjoncturelle de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), que le secteur privé du canton a été prié de s’exprimer.

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Résultat: deux tiers (67%) des 1030 sociétés ayant participé au sondage ont répondu par l’affirmative. Principalement, soit dans 70% des cas, pour faire venir des clients ou des fournisseurs à Genève. Mais aussi, pour 48% des entreprises répondantes, afin de se rendre auprès de ces derniers, en Suisse ou à l’étranger. Les besoins d’exporter ou d’importer des marchandises ont quant à eux été évoqués dans 23% des cas seulement.

Corollaire de ces calculs: un tiers des acteurs économiques privés du canton (33%) estime que Cointrin ne leur est pas utile. «Logique, rétorque la CCIG dans son communiqué publié ce mardi. Ce sont essentiellement des entreprises issues des secteurs du bâtiment et de la viticulture, pour qui les services aéroportuaires n’apportent rien directement.»

Confiance biaisée pour 2017

A quoi s’attendent les entreprises pour 2017? Dans 82% des cas, à une amélioration des volumes d’affaires et de la rentabilité. Une entreprise sur trois prévoit même une augmentation supérieure à 5%. Mieux: une société sur quatre (26%) envisage carrément d’engager du personnel supplémentaire. Voilà pour le côté pile.

Côté face, ce résultat traduit un «biais psychologique connu des statisticiens», nuance la CCIG, consistant à se montrer exagérément optimiste suite à une période conjoncturellement difficile. En effet, d’après le sondage, la situation économique générale, la concurrence et la recherche de nouveaux clients inquiètent fortement.

A Genève, seule l’industrie et l’hôtellerie-restauration placent encore le franc fort en tête de leurs préoccupations. Alors que le négoce, lui, se soucie prioritairement de l’imposition des entreprises. Soit un critère classé en 8e position des principales embûches à venir par l’ensemble du secteur privé genevois, derrière notamment les difficultés à recruter et l’excès de réglementation, la traditionnelle bête noire des banques et du secteur immobilier. «Notre enquête a été réalisée après le rejet, début février par le peuple suisse, du projet fédéral de 3e réforme de l’imposition des entreprises [RIE III]. Si l’on procédait à un nouveau sondage aujourd’hui, les résultats seraient certainement plus pessimistes», estime Pierre Poncet, président de la CCIG.

Lire aussi: La plateforme de Genève Aéroport est une petite ville à l’étroit dans la grande

2016 décevante, mais meilleure que 2015

Le dernier coup de sonde de la CCIG, qui a nommé ce lundi à sa tête Frédérique Reeb-Landry – directrice générale des affaires publiques pour Procter & Gamble Suisse et présidente du Groupement des entreprises multinationales (GEM) –, montre également que l’année 2016 a finalement été meilleure qu’il y a deux ans. Mais aussi pire que prévu. Alors qu’en 2015 une majorité des entreprises (42%) interrogées avaient jugé l’année difficile à très difficile, la tendance s’est inversée l’exercice dernier, avec 38% de sociétés qui l’ont en fin de compte considéré comme bon à très bon.

Toutefois, si trois quarts des sociétés répondantes s’attendaient à une augmentation de leur volume d’affaires, elles n’ont été que 60% à le constater. Plus grave: seules 26% d’entre elles s’étaient préparées à une diminution, mais elles ont été 40% à en subir une. Idem s’agissant de la rentabilité: 74% d’optimistes, avec au final 61% d’exaucés.

Parmi les 20 secteurs sondés, la santé, l’immobilier, l’assurance, l’enseignement, l’énergie et environnement, la banque, les technologies de l’information, ainsi que le conseil ont connu l’an passé une augmentation de leur volume d’affaires nettement plus importantes que la moyenne. Les perdants de 2016: l’horlogerie, la chimie, les commerces, l’automobile, le tourisme, les transports et le négoce.


«Aujourd’hui, un hôtelier heureux est celui qui ne perd pas d’argent»

Pour Thierry Lavalley, président de la Société des hôteliers genevois et directeur général du Kempinski à Genève, l’heure est grave pour sa branche. Il appelle à ce que la Cité de Calvin se réveille et propose des activités pour faire venir davantage de touristes. Pour l’hôtelier des hôteliers du bout du Léman, qui représente 85% de l’offre genevoise d’hébergement – de trois à cinq étoiles –, l’effort d’animation urbaine devrait même être une priorité nationale.

Lire aussi: Cette année, Genève Palexpo s’offrira deux hôtels Ibis

Le Temps: Qu’est-ce qu’un hôtelier satisfait?
Thierry Lavalley: Aujourd’hui, un hôtelier heureux est celui qui parvient à réaliser le même chiffre d’affaires que l’année précédente. Pour notre secteur, progresser en termes de recettes relève de la pure utopie. Nous manquons trop de visibilité et de lisibilité. Si l’on me demande aujourd’hui de produire un «business plan» su 2 ou 3 ans, je répondrai que c’est impossible. Il y a de cela quelques années à peine, l’exercice d’anticipation était beaucoup plus aisé.

- Quels sont les principaux vents contraires que doit affronter votre branche?
- En premier lieu, le franc fort. La levée du taux plancher en janvier 2015 a renchéri notre destination de 20% pour les ressortissants de la zone euro. Nous ne nous en sommes toujours pas remis. Ensuite, nous devons affronter un coût de la main-d’œuvre extraordinairement. Par exemple, une femme de chambre en Suisse gagnée au minimum 3400 francs par mois, contre un peu plus de 1200 francs en France et tout juste 800 francs en Allemagne. Nous avons les femmes de chambres les plus chères au monde. La sécurité, le manque de personnel qualifié et un nombre très insuffisant d’animations sont autant d’autres facteurs qui posent énormément problème.

- C’est-à-dire?
- Genève manque cruellement de dynamisme. Nous avons besoin de davantage de festivals et d’offre culturelle internationale pour séduire les touristes. L’effort d’animation, qui s'est dernièrement traduit au bout du lac par un budget de nos traditionnelles fêtes estivales réduit de moitié, devrait même être une priorité nationale. Je ne voudrais pas que l’on se dise un jour que le canton dénombre trop d’hôtels [ndlr: Genève détient le record mondial de la concentration d’établissements par rapport à la population], de magasins et de restaurants [ndlr: le bout du lac dénombre 3200 enseignes, dont 600 changent de main chaque année, soit de quoi pouvoir théoriquement nourrir 3 millions d’habitants]. Mieux vaut s’atteler, et rapidement, à cette difficile tâche qui consiste à attirer une clientèle étrangère et helvétique nombreuse.

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