«Son seul moteur était de gagner beaucoup d’argent». Au troisième jour du procès de Manuel Echeverria, l’ancien directeur général d’Optimal, filiale du géant bancaire Santander, le Ministère public genevois a dépeint un gérant qui a manqué à tous ses devoirs afin de s’enrichir grâce aux commissions issues des placements fantômes de Bernard Madoff. «Fatras de proclamations», rétorquera la défense en plaidant haut et fort un acquittement assorti d’une demande d’indemnisation consistante de quelque 6,4 millions de francs.

L’obstination du plaignant

Manuel Echeverria, dernier d’une série de gérants de la place inquiétés avec plutôt peu de succès par le parquet, s’est heurté à l’obstination du plaignant. «Un professionnel indépendant et prudent que j’ai pu croiser dans le tram et qui ne se déplace pas en limousine», a relevé le procureur Marc Tappolet en guise de compliment. «Un homme très honnête qui croit en ses causes et qui fait ce procès car il a entendu trop de mensonges», renchérit Me Laurent Moreillon, conseil du lésé.

Ce financier, qui a injecté 101’000 dollars à titre personnel (et 37 millions pour ses clients) dans le fonds querellé, n’a pas accepté d’arrangement. Selon le Ministère public, Santander a déjà remboursé à hauteur d’environ 35% la quasi totalité des autres malheureux investisseurs d’Optimal dont les avoirs évaporés se montaient globalement à quelque 3 milliards de dollars. Mais le plaignant, pour lui-même et ses clients, demandait plus et en fait désormais une affaire de principe. «Il ne veut pas laisser passer. Même si le montant de 100’000 francs a l’air ridicule par rapport à l’ensemble», précise Me Moreillon.

«Faute très grave»

Montant faible mais «faute très grave», estime le procureur en demandant une peine de 300 jours-amendes avec sursis contre un Manuel Echeverria qui «n’a jamais exprimé le moindre regret» et qui continue à soutenir avoir fait tout juste. Redoutable d’efficacité, Me Miriam Mazou, autre conseil du plaignant, a enchaîné pour profiler un prévenu «conscient de l’énorme et inacceptable risque concret qu’il faisait courir aux investisseurs en ne procédant à aucun contrôle sérieux et en décidant de ne pas mettre fin à la relation avec Madoff malgré de multiples signaux d’alarme».

Me Moreillon ne dira pas autre chose en résumant ainsi la philosophie de l’ancien responsable d’Optimal: «On y va, ça rapporte et on espère qu’il n’arrivera rien». Même si un employé de la société compare déjà cette traversée à celle du Titanic. Des collaborateurs que la partie plaignante dépeint comme «totalement muselés» par Manuel Echeverria, lequel ne se soumettait qu’aux exigences du cerveau maléfique de Manhattan.

«Croisade idéologique»

«Ce n’est que du vent». C’est en paraphrasant Bernard Madoff, qui avait eu cette réponse mythique au moment de son arrestation, que Me Saverio Lembo a lancé les plaidoiries de la défense. Critique face au «zèle dont a fait preuve la justice genevoise», l’avocat a appelé le tribunal à donner la fin qu’elle mérite à cette «croisade idéologique qui fleure bon le camouflet».

Chargé de l’ingrat décorticage de ce monumental dossier, Me Andrew Garbarski a poursuivi en soutenant qu’il n’y a pas eu une seule condamnation pénale au monde liée à ce tsunami financier, hormis celle de Bernard Madoff et de ses 11 proches collaborateurs. Faux, réplique Me Moreillon. Manuel Echeverria va-t-il s’ajouter à la liste? La réponse tombera vendredi.