Cette fois, les jets privés resteront à Detroit. Il y a un mois, les dirigeants des trois géants de l'automobile américains (Ford, Chrysler et General Motors) n'avaient pas réussi à convaincre les élus du Congrès de leur accorder un prêt urgent de 25 milliards de dollars. Les parlementaires s'étaient montrés sceptiques devant les plans de restructuration qui leur avaient été présentés. Et la colère avait gagné le Capitole: les trois PDG étaient venus chacun avec son propre avion pour quémander l'argent des contribuables.

Mardi, le patron de Ford Alan Mulally a laissé entendre qu'il viendrait en voiture hybride à Washington, pour la deuxième tentative qui aura lieu jeudi et vendredi sur la colline du Capitole. C'est au terme de ces consultations que les parlementaires décideront s'ils entrent ou non en matière. Dans l'immédiat, Alan Mulally a promis que sa compagnie vendrait les cinq avions dont elle dispose, que lui-même renoncerait à son salaire annuel et qu'aucun bonus de fin d'année ne serait versé aux employés.

Ventes catastrophiques

Les chiffres des ventes de novembre sont tombés justement mardi: une chute de 41% pour General Motors, de 47% pour Chrysler et de 31% pour Ford. Dans le plan qu'il a présenté aux élus, Ford prévoit pourtant un retour dans les chiffres noirs pour 2011, au prix d'une sévère restructuration, de la fermeture de certaines usines et du passage à la construction de véhicules plus respectueux de l'environnement, dont une famille de voitures hybrides ou électriques. Ford envisagerait aussi de vendre la marque Volvo. La firme, qui cherche à obtenir un prêt de 9 milliards de dollars, mais qui assure qu'elle pourrait ne pas avoir à y toucher, s'est engagée en outre à investir 14 milliards en sept ans aux Etats-Unis dans le domaine des nouvelles technologies.

General Motors, Chrysler et dans une moindre mesure Ford sont considérées comme étant au bord de la faillite. General Motors aurait ainsi accumulé plus de 45 milliards de dollars de dette auxquels s'ajoutent encore 7,5 milliards dus au syndicat pour financer les plans de santé et de retraite des employés. La compagnie a assuré que, même si Barack Obama s'est prononcé en faveur d'un plan d'aide pour les constructeurs automobiles, elle ne pourrait pas tenir jusqu'à l'arrivée à la Maison-Blanche du président élu, le 20 janvier. Dans le plan qu'elle devait présenter à son tour aux parlementaires, on s'attendait à ce que la compagnie insiste sur les mesures qui lui permettraient d'effacer une partie de sa dette. Elle pourrait ainsi décider de vendre une ou plusieurs des huit marques qui lui appartiennent, comme Saab, Pontiac ou Saturn.

De son côté, Chrysler devrait aussi souligner ses besoins urgents de liquidités. Le Wall Street Journal croyait savoir mardi que la compagnie caressait l'idée de former une alliance avec une ou plusieurs firmes étrangères.

Des destins liés

La première année de récession que viennent de traverser les Etats-Unis a frappé d'autant plus durement les constructeurs américains que le crédit fait aussi défaut. Même si Ford s'emploie à se montrer en meilleure forme que ses concurrents, ses dirigeants admettent que le sort des «Big Three» pourrait être lié. L'annonce d'une faillite de Chrysler ou de General Motors et la fin des centaines de milliers d'emplois qui leur sont liés pourrait ainsi signifier une plus grande déprime de l'économie qui toucherait à son tour le ou les survivants.