La chronique des changes

La dévaluation du renminbi bride les devises

Les marchés mondiaux ont été ébranlés la semaine dernière par la décision de la Banque populaire de Chine (PBOC) de dévaluer le renminbi, un gros titre qui était bien plus spectaculaire que l’ajustement approximatif – réalisé à la fin de la semaine – de 3% du taux de change dans la paire clé dollar/yuan. Et s’il s’agissait bien de la «plus grosse dévaluation depuis plus de 20 ans», ce geste marque également la «seule véritable» dépréciation depuis que la Chine a dévalué sa devise de plus de 40% en 1994.

Il est difficile de prévoir ce que va faire la Chine maintenant et les conséquences sur les principaux taux de change ou sur l’économie mondiale. Pour l’instant, si une dévaluation de 3% est vide de sens, n’oublions pas que le renminbi est la devise de la seconde économie du monde, passé d’un rattachement de fait au dollar américain à un régime de taux variable, même si la Chine peut gérer le taux comme bon lui semble. Dans ce contexte, il serait peut-être utile d’envisager les trois façons d’analyser les raisons intervenant dans la décision de la Chine afin de pouvoir anticiper la prochaine étape.

Une mesure forte de Pékin: dans cette interprétation de la décision de dévaluation du yuan, il est indiqué que la Chine a désormais dépassé son ancienne politique de taux de change obsolète et inadaptée, laquelle a fait son temps et cessé de fonctionner.

En libéralisant sa politique monétaire et en favorisant un taux variable, le gouvernement chinois peut positionner sa devise en la dotant d’un meilleur profil sur les marchés mondiaux et dans les réserves de la banque centrale et renforcer ses marchés financiers en attirant du capital étranger pour investir dans la dette souveraine et privée.

Une mesure faible de la Chine: dans cette interprétation de la situation, Pékin est jaloux de la série de dévaluations réalisée dans le monde depuis le début de la crise financière mondiale, en particulier de la décision agressive du Japon au titre des «Abenomics». Il s’agit alors là d’une tentative paniquée de se saisir des bénéfices d’une dévaluation concurrentielle et donc de lancer une nouvelle phase dans la guerre mondiale des devises afin de compenser la faiblesse de l’économie nationale.

Une navigation à vue de la Chine: dans cette interprétation, l’idée est que la Chine tâte le terrain pour trouver des moyens d’aller de l’avant. Deux raisons à cela: elle cherche à alléger la pression inconfortable pesant sur sa devise particulièrement solide et/ou elle pourrait être inquiète à l’idée de déclencher un nouveau raz-de-marée de fuite de capital à l’étranger.

Je pense que ces trois interprétations sont, dans une certaine mesure, la bonne manière d’analyser la récente action de la Chine. Et il va s’avérer terriblement difficile de prédire les actions des dirigeants chinois à partir de maintenant. Observons-nous des fluctuations imprévisibles, incomplètes et hasardeuses alors que la Banque populaire de Chine observe prudemment les forces qu’elle a libérées du fait de cette décision? Ou bien s’agit-il en fait d’une nouvelle «parité à crémaillère» permettant d’ouvrir lentement une voie prévisible – bien qu’affaiblie pendant un certain temps – avant que les fluctuations du marché commencent à ressembler à un taux de change naturellement variable? Et, plus fondamentalement, comment le reste du monde va-t-il répondre? La Réserve fédérale américaine (Fed) va-t-elle paniquer et retarder la hausse des taux cette année du fait de ses inquiétudes liées à la Chine qui vient juste de libérer une vague de fond déflationniste risquant de balayer le reste du monde?

* Analyste et expert en devises auprès de Saxo Bank