La dévaluation du yuan réjouit l’industrie suisse

Exportations Pour Swatch, la hausse des ventes de montres en Chine compensera les variations des cours de change

L’entreprise Jesa (FR) veut y accroître sa production

Quelle est la réaction des entreprises suisses tournées vers la Chine après les dévaluations successives du yuan? Sont-elles inquiètes de la situation du pays, qui absorbe près de 5% de leurs exportations? La plupart des avis sont plutôt positifs. Petit tour d’horizon.

Chez Swatch, qui réalise 37% de son chiffre d’affaires dans la «Grande Chine» – Hongkong et Taïwan compris –, l’optimisme reste de mise. «Nous n’allons pas augmenter nos prix en Chine suite à des variations du cours de change, a noté Nick Hayek, patron de l’horloger Swatch dans une interview accordée dimanche dernier à la NZZ am Sonntag. Nous sommes persuadés que nous allons y augmenter nos ventes.»

Pour le groupe, la dévaluation du yuan aura un effet positif sur la consommation à moyen-long terme. «Actuellement, les Chinois achètent de plus en plus des montres de luxe à l’étranger et cette tendance se fait clairement sentir en Europe», selon Nick Hayek, qui estime également qu’en Europe près de 50% des montres sont achetées par des touristes, principalement des Chinois.

Depuis le début de l’année, les ventes de la marque horlogère ont augmenté de 15% en Chine continentale. Le nombre plus élevé de pièces va compenser les variations des cours de change, espère Nick Hayek. Par ailleurs, la dévaluation du yuan fait aussi baisser les coûts sur place, où le groupe emploie plus de 2600 collaborateurs, surtout dans le marketing, la vente et le service à la clientèle.

Chez Hublot, présent à travers un réseau de 9 boutiques en nom propre dans les principales villes de Chine, l’avis est plus nuancé. «Nous observons et suivons de près la situation et l’impact que cela pourrait avoir sur nos ventes, mais à ce jour nous n’avons pas encore pris de mesures particulières sur le prix de nos montres», note Ricardo Guadalupe, directeur général de Hublot.

ABB en revanche estime être en surcapacité dans la région. Le groupe doit y vivre avec des «clients prudents», a rapporté mercredi dans nos colonnes Ulrich Spiesshofer, patron de la société. Nestlé fait également part d’une certaine prudence pour le marché chinois.

En revanche, du côté de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux, la situation chinoise ne semble pas être une source d’inquiétude. «La Chine représente 5% des exportations suisses. Ce qui est relativement faible. Notre branche est bien plus inquiète de la force du franc suisse, car nous réalisons 60% de nos exportations vers l’Europe», rappelle Philippe Cordonnier, porte-parole pour la Suisse romande de Swissmem, une association qui compte 1000 membres en Suisse.

Du côté de Tornos (BE), qui possède un site de production dans la ville de Xi’an, dans une province du Shaanxi et à Taïwan, ainsi qu’un réseau de vente, l’impact du yuan devrait plutôt être positif sur les affaires du groupe. «La part du chiffre d’affaires en Asie est de 15%, dont environ deux tiers en Chine. Nous facturons en francs ou en dollars, précise le porte-parole de la société. La dévaluation du yuan devrait stimuler le marché d’exportation chinois et donc légèrement favoriser la vente de nos machines produites en Chine.»

Pour Jesa (FR), un spécialiste du roulement à billes, il s’agit aussi d’une bonne nouvelle. «Nous y réalisons 30% de notre production, et notre stratégie consiste à nous renforcer sur ce marché. D’ici à deux ans, nous espérons y compter environ 250 à 300 personnes», précise Marcel Dubey, directeur marketing.

Optimisme également chez LEM (GE), qui possède une usine de 700 personnes à Pékin, spécialisée dans la fabrication de capteurs électronique. «Nous produisons plus en Chine que ce que nous y vendons. Nous y réalisons environ 25 à 30% de notre chiffre d’affaires et 50% de notre production, explique François Gabella, directeur général de l’entreprise genevoise. Et les fluctuations du yuan par rapport au dollar sont assez faibles.»

Rieter, à Winterthour, possède deux sites de production en Chine, pays où le groupe réalise 15% de son chiffre d’affaires, soit 173,7 millions de francs. La société n’est pas inquiète de la situation du pays, bien au contraire. «Le yuan faible conforte nos clients et donnera une impulsion aux affaires», note Cornelia Schreier, porte-parole du groupe.

Qu’en est-il du côté des start-up actives en Chine? On peut citer l’exemple de la société vaudoise ScanTrust qui a mis au point des codes QR (un type de code-barres en deux dimensions), une solution pour lutter contre la contrefaçon. «Shanghai est le laboratoire du futur pour les codes QR. La technologie y est beaucoup plus répandue qu’en Europe, explique Justin Picard. Pas question de quitter ce pays. Bien au contraire. Nous prévoyons d’y accroître notre présence.»

«L’industrie des machines est bien plus inquiète de la force du franc»