Revue des idées économiques

Le développement des cartes de crédit dope l’inflation

La carte de crédit est l’une des principales innovations financières des 40 dernières années, mais la recherche théorique a tardé à se pencher sur ses implications, par exemple en matière de politique monétaire. Aujourd’hui, des économistes américains montrent son impact majeur sur l’inflation.

La carte de paiement Diners Club date de 1950, mais la première carte en plastique nous vient d’American Express en 1957. Le développement de ce nouveau moyen de paiement a ensuite été extrêmement rapide.

Les cartes de crédit contribueraient au quart du profit des banques de détail en Europe. Les commerçants de l’Union européenne ont payé plus de 25 milliards d’euros en commissions pour l’utilisation des cartes de paiement sur un chiffre d’affaire total sur les points de vente de 1350 milliards d’euros, selon la Commission européenne.

Les cartes de crédit améliorent l’efficacité économique, mais elles ont aussi un coût: Elles sont la cause d’une hausse du niveau des prix, selon des chercheurs américains (1). Cette conclusion est étonnante. Longtemps, la théorie économique a négligé les cartes de crédit en supposant des effets négligeables sur l’inflation. On partait sans doute de l’idée selon laquelle la carte de crédit ne fait que renvoyer un paiement à plus tard.

John Geanakoplos et Pradeep Dubey présentent un modèle qui, au contraire, montre que les cartes de crédit accroissent la vitesse de circulation de la monnaie (nombre de fois où une unité monétaire contribue à régler une transaction). Or l’inflation dépend de deux facteurs, la masse monétaire et la vitesse de circulation de la monnaie. L’histoire semble leur donner raison.Ils observent que l’introduction des cartes de crédit dans les années 1970 a coïncidé avec des années de stagflation.Le modèle des deux chercheurs montre que l’intervention des autorités pour réduire l’inflation se fera au détriment des gains d’efficacité.

Les deux chercheurs reconnaissent les limites de leur modèle théorique. Les relations extrêmes qu’ils mettent en évidence sont sans doute exagérées. En effet, l’introduction des cartes de crédit augmente les prix de 100% dans leur modèle...En réalité, tout le monde n’a pas accès aux cartes de crédit. Tous les utilisateurs disposent d’une limite de crédit. Et les transactions en liquide sont moins cher qu’avec des cartes. Mais l’idée d’une causalité entre le développement des cartes de crédit et la hausse de prix mérite l’attention.

Un autre élément est également ajouté à leur modèle, le défaut de paiement. Sa prise en compte produit des effets étonnants. Le défaut de paiement accroît la hausse des prix et réduit le gain d’efficacité. La présence de mauvais payeurs génère une demande de monnaie artificielle et réduit le volume de transactions, selon l’étude. Les autorités monétaires peuvent intervenir et tenter de rétablir le volume de transactions à l’état d’avant l’introduction des cartes de crédit. Mais dans ce cas, le modèle montre que les prix seraient supérieurs de 24% à la situation initiale.

(1) Credit Cards and Inflation, John Geanakoplos and Pradeep Dubey, Cowles Foundation for Research in Economics at Yale University, Discussion Paper 1709, 2009

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