Jeudi dernier, alors que le pétrole flirtait avec les 68 dollars, un faire-part de décès est passé inaperçu: Sulzer arrêtera à la fin de l'année tout investissement dans sa filiale Hexis qui développait des piles à combustible.

Cent cinquante millions de francs d'investissements et dix-sept ans de travaux partent en fumée ou presque. Pour donner une idée des résultats acquis à ce jour, les prototypes Hexis – destinés à fournir l'énergie d'une maison individuelle – avaient tourné plus d'un million d'heures en conditions réelles; un nouveau modèle en présérie commerciale, Galileo, venait d'être présenté à la foire de Hanovre.

«L'évolution de l'industrie de l'énergie depuis 2000 et les changements potentiels de l'environnement politique concernant les subventions ont modifié considérablement le profil de risques», écrit Sulzer dans son communiqué. En clair: malgré ses partenariats, le groupe n'a pas les moyens de financer la suite du développement, qui coûterait au moins autant d'argent que ce qu'elle a dépensé jusqu'ici.

Or, Sulzer était de loin le plus gros acteur industriel suisse dans ce secteur promis, dit-on, à un brillant avenir. La pile à combustible apporte, en principe, une réponse idéale à notre gloutonnerie énergétique, puisqu'elle convertit directement par procédé électrochimique un carburant inépuisable – l'hydrogène – en énergie et chaleur, avec des rejets inoffensifs. L'idée en revient à un Bâlois, Christian Friedrich Schönbein, qui imaginait son fonctionnement en 1839 déjà. Les prototypes pour des applications domestiques (villas, micropiles à combustible pour appareils portables), industrielles (systèmes d'appoint) et le transport (bus, automobiles) se sont multipliés à partir de la moitié des années 90. Des entreprises se sont lancées, des objectifs ambitieux ont été fixés, notamment en Californie dont le gouverneur veut créer une «autoroute de l'hydrogène».

Où en est-on dix ans après? Les performances et le développement ont progressé, mais les applications commerciales restent lointaines. Sur le site internet du canadien Ballard, leader mondial dans le domaine du transport, on lit d'un côté une «feuille de route» promettant des produits viables à l'horizon 2010; de l'autre, que la société a fait 175 millions de dollars de pertes l'an dernier pour 81 millions de revenus, et la situation financière va plutôt en se dégradant.

Dans le transport en particulier, la technologie n'est pas tout. L'infrastructure d'approvisionnement doit être complètement adaptée, mais voyez avec quelle lenteur la Suisse passe au gaz naturel – alternative à l'essence parfaitement au point et économique pour les voitures! Surtout, l'hydrogène n'est pas une source d'énergie primaire: il faut le produire au meilleur coût possible, et la solution la meilleur marché serait en l'état de la faire dans une centrale nucléaire. L'opinion publique est-elle d'accord?

Ces questions méritent d'être discutées urgemment. Or, le prix du pétrole prend l'ascenseur, mais les investissements des «majors» pétrolières dans les énergies renouvelables ne dépassent pas 1% du total malgré leurs colossaux profits actuels. Et l'administration Bush vient d'adopter cet objectif décoiffant: augmenter de 8% l'efficacité énergétique des moteurs de «light trucks» d'ici à 2011. A 100 dollars le baril, peut-être les responsables économiques et politiques sortiront-ils de leur aveuglement suicidaire.