Carrières

Devenir mère, un atout professionnel

OPINION. Une des raisons du déséquilibre du ratio hommes-femmes dans le management découlerait de la difficulté, pour les femmes, de discerner la compétence de la confiance en soi. Et si les femmes utilisaient leur expérience de la maternité, se demande Laetitia Ammon-Chansel, sage-femme

«On ne naît pas mère, on le devient», disait Elisabeth Badinter pour remettre en question l’existence de l’instinct maternel² et souligner que la maternité est un apprentissage qui mène à la fonction de mère. Les femmes acquièrent ainsi de nouvelles capacités, souvent mal reconnues, qui sont transférables dans le milieu professionnel.

La maternité est un des freins des carrières féminines et, en Suisse, une femme sur cinq quitte son emploi à la suite de l’arrivée de son premier enfant³. Les femmes qui restent actives professionnellement se sentent souvent moins compétentes, car elles ont des responsabilités multiples et leur engagement est partagé avec leur enfant.

Apprendre à gérer de nouvelles situations

Pourtant, devenir mère c’est apprendre à gérer de nouvelles situations, qu’elles soient relationnelles ou physiques, en commençant par ses propres transformations corporelles: écouter des sensations inhabituelles comme les contractions utérines ou envisager l’aptitude de son corps à donner naissance. Véronique explique que la maternité lui a permis de développer son côté instinctif, ainsi que sa confiance, qui sont de véritables aides à l’accouchement: «Si d’autres femmes ont pu accoucher, pourquoi pas moi?»

A une époque où l’anticipation et le contrôle priment, se faire confiance dans un moment imprévisible est un véritable challenge! C’est pourtant ce qu’on apprend au cours d’une naissance. Les mères pourraient-elles utiliser cette expérience lorsqu’elles postulent ou décident de saisir plus d’opportunités au travail? On reproche parfois aux femmes le manque de confiance et d’adaptabilité pour justifier la lenteur de leur évolution professionnelle.

L'accouchement aide à dépasser ses craintes

Mener une grossesse à terme développe aussi l’endurance et la persévérance: la grossesse n’est pas une maladie, et il faut rester performante au travail malgré l’inconfort physique. Il n’y a pas de retour en arrière possible et lorsque la date du terme approche, il faut faire preuve de courage sans autre option. La plupart des femmes se dépassent sans même en avoir conscience.

La peur d’accoucher est encore peu abordée dans notre culture alors qu’elle est omniprésente et commune à toutes les femmes qui donnent naissance. Elle peut être liée au changement de vie, à la douleur ou à la mort. En dépassant leurs craintes, les femmes vivent une expérience qui sera un atout dans leur référentiel professionnel. «La gestion du stress semble plus facile comparé à ce que j’ai rencontré avec la prématurité de mon bébé», exprime Mary, qui attribue maintenant une place différente à ses inquiétudes.

Lire aussi: Naissance prématurée: un vrai challenge professionnel

Etre mère développe aussi l’empathie. En prenant soin de leur enfant et en construisant une relation avec lui, les nouvelles mères apprennent à se décentrer de leurs propres besoins pour comprendre ceux de leur bébé et s’adapter à une autre réalité. Encore des compétences qui leur seront utiles dans le milieu professionnel pour gérer la clientèle ou encore manager des collaborateurs. En outre, les mères de famille développent l’anticipation, l’organisation et le multitasking, ce qui continue d’optimiser leurs compétences initiales.

Pour résumer, en devenant mère, les femmes se révèlent transformées et grandies par de nouvelles compétences qu’elles peuvent transférer dans le milieu professionnel: pilotage du projet grossesse, courage dans l’épreuve d’accoucher et intelligence émotionnelle vis-à-vis des autres.

Qu’elles croient en leurs capacités et qu’elles utilisent cette expérience unique comme un tremplin émancipateur!


*Laetitia Ammon-Chansel est sage-femme, ostéopathe, et créatrice de bloom&co.


Notre précédente chronique sur le monde du travail: La «Génération Z», une génération exigeante!


1) Harvard Business Review: Why Do So Many Incompetent Men Become Leaders?.

2) L’amour en plus, Elisabeth Badinter.

3) La maternité, handicap des femmes actives, Valérie Borioli Sandoz, Reiso.

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