«Swiss Dairy Food a le vent en poupe.» Peter Aegerter, patron du premier groupe laitier de Suisse, ne cache pas un certain optimisme. Il espère bien atteindre le seuil de rentabilité, au niveau opérationnel, dès le premier exercice. Une belle performance, compte tenu du fait que Toni et Säntis, qui ont fusionné l'automne dernier pour donner naissance à Swiss Dairy Food, étaient tous deux dans les chiffres rouges. Sept mois après l'annonce de ce rapprochement, les affaires sont donc en train de s'améliorer. A fin mai, le chiffre d'affaires de Swiss Dairy Food atteignait 800 millions de francs, ce qui représente une progression de 4%. «Du point de vue des marges nous évoluons dans les chiffres du budget», affirme Peter Aegerter. L'an dernier la marge opérationnelle atteignait à peine 2%. Mais si tout se déroule comme prévu, elle devrait à terme avoisiner les 7%.

Pour atteindre ces objectifs ambitieux, Swiss Dairy Food mise avant tout sur les exportations. «Nos exportations représentent 15% de notre chiffre d'affaires, mais d'ici à cinq ans nous comptons bien doubler ce pourcentage, qui devrait atteindre ainsi 30%», estime Peter Aegerter. Selon Otto Hess, président du conseil d'administration de Swiss Dairy Food, «la conclusion des accords bilatéraux avec l'Union européenne ouvre de nouvelles perspectives aux groupes laitiers helvétiques, puisque ceux-ci prévoient l'abolition d'une série de taxes».

Subvention à l'exportation

Pilier de la stratégie d'exportation du groupe, les ventes de fromage bénéficieront, de plus, d'un coup de pouce de la Confédération. Berne, qui accorde déjà une subvention de 12 centimes par kilo de lait exporté sous forme de fromage, fera en effet passer sa participation à 20 centimes, à partir de mai 2000. Swiss Dairy Food entend en profiter pour augmenter ses ventes en France, en Italie, en Allemagne et au Benelux. «Actuellement, la moitié de la production suisse de fromage est exportée en Europe, ce qui représente seulement 2% de l'ensemble de la production du Vieux Continent. Notre marge de manœuvre est donc relativement grande car nous sommes un acteur de niche», remarque Peter Aegerter. Dans sa stratégie d'extension à l'étranger, Swiss Dairy Food n'entend pas seulement augmenter ses ventes de fromages, mais compte également doubler ses ventes de lait en poudre en France et distribuer plus largement ses drinks à base de yogourt en Angleterre. Les glaces auront aussi leur place au sein de cette stratégie. Pour distribuer ses produits, Swiss Dairy Food s'appuiera sur ses réseaux de distribution et développera partout où cela est possible des joint-ventures avec des partenaires. «La création d'une coentreprise par année est l'un des buts que nous nous sommes fixés», souligne Peter Aegerter.

Pour assurer son succès, Swiss Dairy Food ne mise cependant pas seulement sur l'augmentation des exportations. Les économies engendrées par le processus de fusion joueront également un rôle essentiel. Pour l'exercice en cours, les synergies permettront d'économiser une dizaine de millions de francs. Dès l'an prochain, ce montant devrait quadrupler pour avoisiner les 40 millions de francs. Un tiers des restructurations ont déjà été réalisées; dans une année, celles-ci devraient être achevées, l'objectif étant de concentrer la production dans les principaux sites d'exploitation. Sur les 300 emplois appelés à disparaître, une trentaine ont déjà été supprimés, dont 10 par licenciement. Hans Peter Egli, chef de la task force chargée du projet, ne peut cependant pas chiffrer le nombre total de licenciements qui devront finalement être prononcés. La Suisse romande sera relativement épargnée. Seuls les sites de production de Neuchâtel et de Saint-Imier seront abandonnés. En tout, 40 emplois vont disparaître. La fabrique de Lucens, qui augmentera sa capacité de production de fromages, augmentera en revanche ses effectifs.

Pour Peter Aegerter, «la fusion de Toni et Säntis a permis de créer un groupe qui possède désormais la taille critique sur la scène internationale». Swiss Dairy Food, qui commercialise 60% de l'ensemble du lait produit en Suisse, doit maintenant prouver qu'il peut, grâce à sa taille, devenir rentable. Trois fois plus petit que lui, Emmi, son concurrent direct, se porte comme un charme. L'an dernier, il a réalisé un bénéfice de 16,9 millions de francs.