D’ici quelques heures, Google Maps va devenir plus pratique. Mais aussi plus curieux. L’application pour smartphones permettra tout bientôt de partager sa localisation avec ses amis en temps réel. Déployée aux Etats-Unis d’abord puis dans le reste du monde, cette mise à jour du service de cartographie, utilisé mensuellement par plus d’un milliard de Terriens, risque de poser des problèmes pour la vie privée. Elle permettra surtout à la multinationale américaine d’en savoir davantage sur ses utilisateurs et de monétiser ces données.

Cette mise à jour de Google Maps – dont l’utilisation demeure gratuite – permettra à l’internaute de partager en tout temps sa localisation en gardant simplement le doigt appuyé sur le petit point bleu symbolisant sa position sur la carte. Il sera possible de sélectionner le ou les contacts qui seront notifiés de sa localisation. L’utilisateur aura également la possibilité de «partager la progression du voyage», comme l’écrit Google, en permettant à ses amis de voir le déplacement en temps réel sur une carte. L’internaute pourra spécifier combien de temps il souhaite ainsi être tracé.

Rien de nouveau, mais…

Avec cette mise à jour, Google ne propose a priori rien de nouveau par rapport à la concurrence. L’application Messenger de Facebook offre déjà une telle fonction. Uber permet de partager son itinéraire en direct. Et les accessoires de sport de Garmin offrent la possibilité de montrer à ses amis en direct son itinéraire de jogging.

Mais Google Maps est si populaire que très vite, des questions ont surgi sur les détournements possibles de cette nouvelle fonction. Sera-t-il possible de refuser à son époux, à ses parents ou à son patron de ne pas être pisté en permanence? De plus, il semble qu’il sera possible pour n’importe qui de suivre une personne, pour autant que l’une de ses connaissances lui fasse suivre le lien pour la tracer. Cette semaine, le site spécialisé Techcrunch rappelait que fin 2016, Facebook avait désactivé le partage précis de localisation. La raison? Certains utilisateurs, qui avaient oublié qu’ils avaient activé cette fonction avec certains amis, s’étaient retrouvés dans des situations inconfortables.

Informations de valeur

En en sachant beaucoup plus sur les habitudes de déplacement de ses utilisateurs, Google pourra récolter des informations de valeur pour les annonceurs. «La cartographie extrêmement précise pourrait même devenir à terme une source de revenus plus importante, pour la société, que la recherche», affirmait cette semaine Erik Gordon, professeur assistant à la Ross School of Business de l’Université du Michigan, cité par Wired. Selon lui, «Nous nous déplaçons en permanence – nous ne cherchons pas en permanence.» Maps pourrait fournir à Google des détails sur nos habitudes. Ainsi, si l’on se rend régulièrement dans un restaurant, un annonceur pourrait envoyer une alerte pour des promotions spéciales à proximité.

Par petites touches, Google commence à gagner de l’argent via son service de cartographie. Des annonces pour des cafés, des magasins ou des stations-service apparaissent depuis 2016 aux Etats-Unis et deviennent progressivement disponibles en Europe. Mi-2016, la banque Morgan Stanley écrivait dans une note que «Maps demeure l’un des biens les plus sous-monétisés de Google». Selon les analystes, même si la multinationale n’augmente que de 50% le nombre de publicité dans Maps, ce service pourrait lui rapporter 1,5 milliard de dollars cette année. A titre de comparaison, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires total de 90 milliards de dollars en 2016.

Nouvelle concurrence

Aux Etats-Unis, Google permet déjà, en cliquant sur le nom de certains restaurants au sein de Maps, d’être mis en relation avec des services de livraison de plats – sans jamais quitter l’application de cartes. La multinationale va se servir de Maps pour entrer sur de nouveaux marchés. Dans une note datant de 2016, la société de gestion Baird notait qu’«En utilisant le potentiel de Maps, Google va inévitablement entrer en collision avec d’autres fournisseurs de services». Baird citait notamment Yelp, TripAdvisor, Groupon, Angie’s List et Grubhub, à qui Google Maps pourrait faire de l’ombre.