«Dans cette affaire, les autorités n'ont jamais cherché à jeter de l'huile sur le feu, au contraire. Dans la région, on est pragmatique, attaché à la paix sociale. Comme maire de Moutier, j'ai vécu plusieurs vagues de licenciements chez Tornos et ne me mêle pas de stratégie industrielle.

Ce n'est pas, comme nous en sommes accusés, pour nous profiler politiquement que nous sommes intervenus. Un politicien prend aussi des risques en essayant d'arbitrer un conflit social. Et s'il se trompe? On ne peut pas agir légèrement quand l'emploi des gens est en jeu.

Aussi, quand les cadres de Reconvilier ont commencé à dénoncer l'asphyxie de leur site il y a deux ans, j'ai réagi avec beaucoup de prudence. J'ai tenu à écouter les deux parties, pour éviter le piège des intérêts régionalistes. Martin Hellweg (directeur de Swissmetal, ndlr) est un homme brillant, convaincant. J'avoue que j'ai été troublé par ses arguments. Dans nos réunions, nous lui avons dit: puisque vous affirmez vouloir investir à Reconvilier, faites au moins un geste symbolique pour rassurer les gens. Rien ne s'est réalisé. Au contraire, toutes les décisions ont été dans l'autre sens.

Aujourd'hui, je suis convaincu que la direction de Swissmetal a fait un trait sur Reconvilier. Pourquoi le cache-t-elle? Pour jouer la montre? Friedrich Sauerländer (président du conseil, ndlr) aurait déclaré à un proche: «Reconvilier, c'est fini dans deux ans.» Quand je l'ai mis face à ces propos, il a nié.

Il faut vraiment que les cadres aient été poussés à bout pour qu'ils se mobilisent comme ils le font. Aujourd'hui, l'attitude de la direction met en péril non seulement la paix sociale, mais la paix civile. Que se passera-t-il si elle fait appel aux forces de l'ordre pour vider l'usine?»