«L'euro va reculer à 1,15 dollar d'ici à l'automne prochain.» Marc Touati, directeur des études économiques chez Natexis Banques Populaires, n'y va pas par le dos de la cuillère. Un paradoxe à l'heure où la monnaie unique vient d'atteindre un pic historique. Il s'exprimait mardi à Archamps, sur la frontière franco-genevoise, à l'occasion des dix ans de la Sofronta (Société de caution mutuelle des frontaliers de l'Ain et de la Haute-Savoie). «La devise européenne se rapprochera ainsi de son niveau d'équilibre situé à 1,05 dollar, selon la parité de pouvoir d'achat», précise-t-il.

John Snow bientôt remplacé?

Marc Touati remet d'emblée l'église au milieu du village: «L'euro fort n'est pas le produit d'une dynamique économique eurolandaise vigoureuse, mais le résultat d'une volonté politique américaine.» Cela étant, l'administration américaine pourrait changer son fusil d'épaule.

Marc Touati attend un geste fort de George Bush. Il pourrait prendre la forme du remplacement de John Snow, le secrétaire d'Etat au Trésor, un changement capable de redonner des couleurs à la devise américaine. «Le billet vert a plongé depuis la nomination de l'ancien industriel connu pour ses prises de position en faveur d'un dollar de combat (ndlr: faisant le jeu des exportateurs)», précise-t-il.

Le stratège base aussi ses prévisions sur le resserrement du différentiel de taux d'intérêt entre le dollar et l'euro. Les taux courts américains ont été relevés à 2% lors de la dernière réunion de la Réserve fédérale. «Ils devraient grimper à 3% l'été prochain et même à 3,5% d'ici à un an», prévoit le financier. Le loyer de l'argent deviendra dès lors plus attractif aux Etats-Unis qu'en Europe.

Parallèlement, la situation irakienne pourrait se normaliser «plus vite que prévu». Conséquence directe, le prix du pétrole reculerait de manière significative d'ici au printemps prochain, ce qui soutiendrait le cours du dollar.