Des données récentes ont déclenché un retournement dans le sentiment des marchés en faveur du dollar et contre l'euro. S'agissant de l'euro, la faiblesse de l'indice IFO en Allemagne a suscité des craintes de voir le soufflé de la reprise naissante retomber. Quant au dollar, les données positives sur l'emploi en mars ont fourni la dernière preuve que l'emploi se reprend enfin aux Etats-Unis et que la faible progression des salaires ne menacera pas la reprise économique. Les données publiées après Pâques ont encore accru les attentes de croissance aux Etats-Unis. Le rebond du dollar sera-t-il durable?

Nous ne le pensons pas. Le billet vert semble actuellement suracheté et une correction est inévitable. Les corrélations historiques montrent que le taux de change EUR-USD n'est pas déterminé par les différentiels de croissance, mais par les différentiels entre les taux d'intérêt à court terme. Par conséquent, la force récente du dollar se basait sur les attentes d'abaissement très prochain des taux d'intérêt par la BCE. Pendant ce temps, les solides chiffres de croissance ainsi que le rebond notable des prix à la consommation aux Etats-Unis ont fait craindre aux marchés un relèvement imminent des taux.

Ces attentes risquent d'être contredites bientôt. D'abord, l'indice allemand IFO est très corrélé aux indices de sentiment américains. Les derniers ayant rebondi, l'IFO devrait suivre de près. La BCE ne devrait donc pas de sitôt décider d'abaisser les taux. Quant à la probabilité plus élevée d'une hausse des taux américains, la Fed va certainement attendre plus de confirmation sur le front économique avant de renoncer à sa position accommodante. Les spéculations quant à une inversion du différentiel de taux d'intérêt sont par conséquent prématurées. La déception pourrait relancer une phase baissière du dollar à court terme. Mardi de cette semaine, l'indice allemand ZEW devrait déjà rebondir et Alan Greenspan pourrait atténuer les spéculations sur la hausse des taux lors de son intervention devant le Sénat.

A moyen terme, nous estimons que le différentiel de taux d'intérêt restera favorable à l'euro, entraînant une poursuite de la baisse du dollar. La raison est qu'un relèvement des taux par la Fed en août, combiné à une forte hausse des taux longs anticipant d'autres relèvements, pourrait déclencher le processus d'ajustement dans l'économie américaine que nous attendions. En particulier, les prix des logements et la dette des consommateurs sont à des niveaux critiques. Si ces indicateurs corrigent à la baisse, ils tireront la consommation vers le bas avec eux. Cela exigera que la Fed garde les taux inchangés quelque temps. C'est pourquoi, d'ici à la fin de l'année, le taux EUR-USD continuera à se renforcer jusqu'à 1,30.