Rien ne va plus entre le gouvernement espagnol et les forces syndicales. Si jusqu'alors les relations étaient au beau fixe, elles viennent de se dégrader avec force. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 1996, José Maria Aznar (PP, centre-droit) a décidé de passer outre l'avis des deux principales centrales syndicales, Comisiones obreras (CCOO) et Union General de Trabajadores (UGT). Faisant fi de leurs doléances et coupant court aux négociations en cours, il a fait approuver vendredi, en Conseil des ministres, une importante réforme du Code du travail.

L'initiative crée un profond malaise au sein des centrales syndicales, qui promettent d'amples mouvements de grève si l'exécutif ne les écoute pas. Ce ne semble par être l'intention de José Maria Aznar, qui déclarait jeudi: «L'heure des reports est terminée. Il s'agit de prendre des décisions, même si je ne désespère pas que les forces sociales me rejoignent ensuite.»

Pour l'essentiel, la modification vise à généraliser des indemnités de licenciement fixées à 33 jours ouvrables dans l'année, à consolider les contrats fixes via des incitations d'ordre fiscal proposées aux employeurs et à développer la formation auprès des travailleurs immigrés. «Très insuffisant», répliquent en cœur CCOO et UGT, pour qui ces mesures ne sont que des «rustines». Les syndicats fustigent en particulier la trop forte proportion de contrats temporaires et rappellent que l'Espagne connaît le plus fort taux de précarité en Europe (31%). A en croire, José Maria Fidalgo, le président de CCOO, la position du patronat et du gouvernement «vise à briser un pacte social en vigueur depuis 1997». Cette année-là, en effet, un «plan de stabilité du travail» avait scellé une concorde entre le pouvoir et les acteurs sociaux et permis une relative paix sociale. Ce qui explique que, depuis lors, l'Espagne n'a connu aucune grève générale; alors que, pendant la décennie socialiste dominée par Felipe Gonzalez, le pays en avait connu une bonne demi-douzaine.

Cette lune de miel a vécu. Pour Fidalgo, il s'est produit «une rupture de confiance entre entrepreneurs et syndicats, et cela n'annonce rien de bon». Candido Mendez, leader de l'UGT, parle de «trahison» des promesses électorales, selon lesquelles une telle réforme ne pouvait se faire que par le consensus. Les leaders ont exigé une entrevue avec José Maria Aznar dans les plus brefs délais. Et averti que, s'ils ne sont pas écoutés, «la rue risque bientôt de gronder». Ce sera, à n'en pas douter, un test intéressant.