Symboles de l’amour éternel, les diamants se retrouvent souvent sous le feu des critiques. Notamment pour leur provenance de zones de conflits, mais également en raison de l’impact environnemental lié à leur extraction. La science permet pourtant de créer en laboratoire des diamants parfaitement similaires à leurs homologues naturels d’un point de vue gemmologique. On les appelle les lab-grown. Pour l’heure, ils sont boudés par les grands noms de la joaillerie, mais certaines maisons se lancent avec succès.

La méthode la plus connue pour créer un diamant en laboratoire est la HPHT (haute pression, haute température). Elle consiste à soumettre le graphite (constitué de carbone pur) à une chaleur et à une pression intenses. C’est celle qui se rapproche le plus du processus de production naturel du diamant. Ce qui fait dire à Charlotte Daehn, membre du comité de direction de l’IGDA (International Grown Diamond Association) qu’il serait judicieux de ne plus parler de diamant synthétique, le carbone étant 100% naturel. Egalement en charge de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) chez Courbet, premier joaillier à vendre des diamants synthétiques sur la place Vendôme à Paris, elle participait mardi soir à une table ronde organisée par la EHL, dans le cadre de sa semaine sur la durabilité.

Controverse sur le CO2

En termes d’impact écologique visible, il n’y a pas de doute, les mines défigurent les paysages contrairement aux laboratoires dans les milieux urbains. En revanche, en ce qui concerne les émissions de CO2, c’est la guerre des chiffres. Et il n’existe aucune étude indépendante à laquelle se fier. A titre d’exemple, certains éleveurs de diamants parlent de 57 kilos de CO2 par carat extrait contre 0,028 gramme par carat synthétique. A l’autre extrémité, la Diamond Producers Association (DPA), organisme qui représente 75% de la production mondiale, a commandé une étude qui conclut qu’un diamant naturel émettrait 160 kilos de CO2 contre 511 pour un diamant de synthèse. Mais ce n’est pas sur cette facette de la durabilité que s’est focalisée la table ronde de l’EHL.

Face à Charlotte Daehn, Pauline Evequoz, responsable du département durabilité chez Chopard, défendait une autre approche, plus sociétale qu’environnementale. «Nous nous engageons sur le long terme avec nos fournisseurs afin de garantir que nos matières premières sont issues de sources responsables.» Rappelant que la maison Chopard existe depuis plus de 160 ans et qu’elle draine dans son sillage, avec ses valeurs, tout un écosystème composé de fournisseurs et d’artisans. «L’industrie du diamant fait vivre des communautés complètes. Leur annoncer du jour au lendemain que nous cessons de travailler avec eux pour n’acheter plus que des pierres synthétiques serait une catastrophe.» Plutôt que de boycotter, Chopard préfère s’engager pour faire changer et améliorer sans cesse l’industrie du diamant.
De son côté, Courbet défend une joaillerie écologique. Charlotte Daehn soulignant qu’il y a désormais plus de diamants sur terre que sous terre.

Chacun son histoire

Un argument qui touche avant tout une clientèle de millennials. «Nos clients achètent avant tout des bagues de fiançailles. Pour le même prix, ils peuvent avoir une pierre plus grosse, plus blanche et une meilleure conscience.» Côté prix, le diamant naturel ne peut, en effet, pas rivaliser, avec un coût environ 30 à 40% plus élevé. Mais les maisons de joaillerie classiques jouent sur un autre tableau, les émotions. «Un diamant raconte une histoire, il a mis des milliards d’années à voir le jour. Ça le rend exceptionnel et unique», argumente Pauline Evequoz de chez Chopard. Mais la représentante de Courbet de contrecarrer: «Il y a une nouvelle histoire à raconter avec un diamant durable.» Deux approches bien différentes, mais qui somme toute défendent chacune à leur manière une forme de durabilité.
Toutefois, si la production en laboratoire est en pleine croissance alors que l’extraction est en chute libre, il faudra du temps avant que les courbes ne se croisent. En effet, selon les chiffres de 2020, les gemmes de synthèse représentent 7 millions de carats produits, contre 111 millions pour les diamants de mine.


Kimberley trace les diamants

En 2000, l’industrie du diamant a mis en place un dispositif international de certification visant à empêcher la circulation des diamants de conflits (Blood Diamonds). Soit des pierres vendues par des groupes rebelles pour financer des guerres contre des gouvernements légitimes. Cette initiative, appelée le Processus de Kimberley, commune aux gouvernements, à l’industrie et à la société civile, vise à tracer chaque diamant de l’endroit où il a été extrait à celui où il a été vendu, évitant ainsi que des diamants de conflit illégaux ne soient vendus sur le marché des pierres précieuses. On estime que 99,8% des diamants sur le marché sont maintenant garantis sans conflit.

En 2005 a également été fondé le Conseil pour les pratiques responsables en bijouterie-joaillerie, une organisation à but non lucratif. Sa mission est de promouvoir des pratiques éthiques, sociales et environnementales responsables dans le respect des droits de l’homme. Cette exigence s’impose d’un bout à l’autre de la chaîne d’approvisionnement de la joaillerie du diamant et de l’or, de l’extraction à la vente en boutique.