Etals désespérément nus. Queues interminables aux distributeurs d'argent... On manque de tout, et de plus en plus, au pays de Robert Mugabe. L'hyperinflation y a atteint un niveau que l'on trouverait burlesque (165000% officiellement, elle dépasserait en réalité le million de pour cent), si les Zimbabwéens n'étaient assaillis par la faim. Il faut dorénavant plus de billets pour acheter un rouleau de papier toilette que ne compte de feuilles ledit rouleau, relatait il y a peu Le Monde.

La très vaste diaspora zimbabwéenne n'est pas insensible. Deux sites d'achats en ligne au moins, basés en Angleterre, Zimbuyer.com et Yes-zim.com, offrent aux exilés «un moyen facile d'approvisionner en produits d'épicerie et autres services leurs proches restés au pays». Le premier précise qu'il ne faut pas plus de un à trois jours pour livrer au Zimbabwe des stylos, un générateur électrique, des œufs ou encore des briques et du cirage payés en livres britanniques sur Internet. Le second assure que le sucre, le lait en poudre et un assortiment de viandes constituent ses meilleures ventes du moment. Tous deux mentionnent à leur catalogue un article très recherché en ces temps de disette: le coupon d'essence, qui permettra à son bénéficiaire de remplir son réservoir à la station-service plutôt que d'encourir le risque de se faire arrêter pour transaction illégale en achetant un jerrican à la sauvette dans la rue.

«Je sais que d'une certaine manière Mugabe est maintenu au pouvoir par les gens comme moi qui envoient de quoi manger à leur famille, note une exilée zimbabwéenne en Suisse. Mais comment faire autrement, nous qui avons tant ici alors que là-bas ils manquent de tout?»