«L'industrie du risque est un segment de croissance. Elle progresse 1% plus vite que le PIB mondial», affirme John Coomber, président de la direction de Swiss Re, deuxième plus grand groupe de réassurance au monde derrière Munich Re. Le marché de l'assurance représentera 9% du PIB mondial en 2015, contre 8% aujourd'hui.

Ce regard sur les dix prochaines années arrive à point nommé. Le sommet du précédent cycle vient d'être franchi. D'une durée de dix ans, il s'achève sur un gain de part de marché de 1,8% pour Swiss Re, à 10,6%. Le prochain cycle s'annonce sous d'excellents auspices. John Coomber veut encore grignoter 1% du gâteau mondial d'ici à 2015. Sur cette base, le bénéfice devrait croître de 10% par an.

La progression devrait être alimentée par sa capacité à développer de nouvelles solutions de contrôle du risque, notamment dans la titrisation de l'assurance – c'est-à-dire le regroupement de contrats et leur revente sur les marchés financiers. Swiss Re fait figure de leader dans ce domaine. Sur le plan technique, le processus est le suivant: le groupe accepte un risque, le transforme, et le replace auprès d'investisseurs.

Aujourd'hui ce segment ne représente qu'un minuscule 0,1% des primes d'assurance, mais dans dix ans il pourrait atteindre 5%. John Coomber parvient à ce chiffre en extrapolant sur l'assurance le boom de la titrisation des métiers bancaires dans les années 80. Swiss Re n'a toutefois pas l'intention de prendre des risques excessifs: «Nous devrions sortir renforcés d'un événement particulièrement négatif pour la branche et éviter de mettre en danger notre rating de AA.»

L'autre grand segment de croissance, c'est l'Asie. Pour l'heure, Swiss Re y réalise 2,5 milliards de francs de primes, après une croissance de 14% par an au cours des quatre dernières années. John Coomber fait à nouveau confiance à la qualité de sa recherche et de sa gestion des données pour progresser plus vite que la concurrence.

La réassurance est bien un métier étrange. En effet lorsqu'un journaliste lui demande de précisément citer ses principaux concurrents, le président de la direction nomme ses clients. Et d'expliquer que le renforcement de leur santé financière incite les clients à supporter eux-mêmes une proportion accrue des risques d'entreprises. Le gâteau laissé aux réassureurs tend alors à se restreindre. D'autant plus que Swiss Re ne fait aucune concession en termes de qualité dans l'acceptation de nouveaux contrats. En 2004, les recettes de primes ont ainsi reculé de 4%, sous l'effet d'une diminution de 8% de la division non-vie. Mais il faut préciser que ce recul succède à une belle série de hausses au cours des années 2000.

Les résultats de l'an dernier correspondent aux attentes des analystes financiers. Le bénéfice, en hausse de 45%, à 2,5 milliards, est le deuxième meilleur de son histoire. C'est même un résultat record sur base ajustée des taux de change. Pourtant l'action baisse en Bourse, faute d'un programme de rachat d'actions espéré par certains investisseurs. Le groupe préfère augmenter le dividende de 45%.

Rentabilité satisfaisante

La bonne surprise vient du rendement des produits financiers, à 5,8%, contre 5,1% l'année précédente. La déception se lit par contre dans le ratio combiné, un chiffre de rentabilité des affaires d'assurance. Inchangé à 98,4%, alors que les analystes espéraient 97,5%, il est toutefois qualifié de satisfaisant par la direction, d'autant qu'il s'agit d'une année record en matière de catastrophes naturelles.

Mieux, le groupe n'a fait appel qu'à hauteur de 241 millions à ses réserves d'égalisation, lesquelles servent à couvrir de fortes fluctuations et de lourds sinistres. Le taux de sinistre s'est même amélioré de 1%, malgré l'impact de grands sinistres, supérieur de 726 millions de francs à l'année précédente. Pour 2005, le management vise un ratio combiné de 96% dans le non-vie et une amélioration de la performance opérationnelle.