La place financière suisse fait partie des lieux financiers de premier plan au niveau international, bénéficiant d’une excellente réputation dans le monde. Depuis quelque temps, elle est la cible de multiples pressions. En effet, il y a un certain nombre de problèmes avec les Etats-Unis (accord fiscal, divulgation des données clients/collaborateurs, etc.). Ensuite, les achats de CD en Allemagne contenant les données clients d’exilés fiscaux malgré l’accord sur l’impôt libératoire négocié entre la Suisse et l’Allemagne. A cela s’ajoutent les reproches adressés à UBS et à Credit Suisse pour leur participation dans les manipulations du Libor. De même, se pose la question de savoir si l’échange automatique d’informations devient la norme internationale pour l’Occident. Il faut également ajouter le champ de tension croissant au sein de l’OCDE pour distinguer la fraude fiscale de la soustraction fiscale, avec rétroaction sur la Suisse. Autre problème, les conséquences de la législation «too big to fail» après le sauvetage d’UBS par l’Etat. Enfin, quelles seront les répercussions de l’union décidée par les banques de l’Union européenne avec les incidences imprévisibles sur la garantie des dépôts en Suisse? Cette liste est loin d’être exhaustive.

Le monde entier semble avoir conspiré contre la place financière suisse. Qu’en est-il des banques axées sur le marché intérieur? Elles ont le vent en poupe, ne participent pas à tous ces tiraillements, mais sont indirectement très ­concernées par ceux-ci. Le scénario ressemble fort à ce petit village d’irréductibles Gaulois luttant victorieusement contre l’envahisseur romain grâce à la potion magique du druide Panoramix. Les deux ingrédients pour défendre la place financière sont:

– une intégration des citoyens, ainsi que de la politique, dans le développement de la future stratégie de la place financière suisse – une représentation mieux perceptible des intérêts spécifiques des banques axées sur le marché intérieur dans la politique.

Si la réputation de la place bancaire ne se dégrade pas plus auprès de la population, nous le devons aux banques axées sur le marché intérieur. En effet, elles remplissent leur mission pour l’économie réelle domestique et les millions d’épargnants. Ces banques nationales font en sorte que l’atmosphère politique ne chavire pas complètement et ne se tourne encore plus durement contre notre place financière avec ses emplois qualifiés et ses taxes.

Si, aujourd’hui, le rapport entre les banques, la politique et les citoyens est bouleversé, nous le devons à la crise financière, mais aussi au manque de communication entre les citoyens, les banques et leurs organisations sectorielles. Les banques ne sont pas habituées à mener des discussions ouvertes. Un dialogue franc et personnel avec la population ne peut pas se dérouler par le biais de campagnes d’image de marque. Le débat, même au travers de discussions difficiles avec des intérêts très divers, est une condition sine qua non du fonctionnement de notre démocratie. Nous devons le prendre à cœur, ce débat franc, pour rétablir des relations normales entre la population, les banques et la politique. Il faut parvenir à inclure dans le processus politique tous les acteurs de la scène et parler ouvertement avec eux des idées en vue d’une «nouvelle» place financière.

En Suisse, les conditions-cadres politiques d’une action économique réussie des banques sont actuellement posées. Par conséquent, l’engagement politique des banques axées sur le marché intérieur pour leurs intérêts spécifiques doit être plus marqué. Elles portent une responsabilité particulière pour la place financière suisse, sa compétitivité, sa réputation, son importance pour l’économie réelle en Suisse et pour le bien-être du pays.

Les banques axées sur le marché intérieur devraient par conséquent tout faire pour mettre en œuvre une stratégie de place financière basée sur ces deux piliers: différenciation entre les banques axées sur le marché intérieur et celles qui sont axées sur le marché international; législation différenciée (régulation, surveillance) des banques et des groupes bancaires, basée sur les risques des modèles commerciaux pratiqués; réglementations légales qui ne considèrent pas les banques comme une composante de la gestion fiscale ou de l’Etat et qui leur transmettent des tâches officielles (contrôle des déclarations fiscales des clients); protection du secret bancaire en Suisse; distinction entre fraude fiscale et soustraction fiscale en Suisse; imposer à la politique et aux banques le respect simultané de nos règles constitutionnelles et, enfin, faire participer les citoyens au développement d’une stratégie établie sur une base démocratique en faveur de la place financière suisse. Alors seulement, la confiance dans les banques et la place financière suisse pourra être renforcée, sans avoir à recourir à la potion magique.

Le monde entier semble avoir conspiré contre la place suisse