Un économiste peut devenir célèbre grâce à ses travaux académiques. Il peut aussi l’être grâce à la popularité de son blog ou de ses interventions dans les médias. L’intensité des recherches sur les plateformes internet est d’ailleurs de plus en plus utilisée pour évaluer l’impact d’une personne ou d’un événement. Tom Coupé, chercheur à l’Université de Canterbury, en Nouvelle-Zélande, emploie cette méthode pour classer les économistes qui ont le plus grand impact (Who is the most sought-after economist?) Que valent ces nouveaux instruments? Pourquoi les résultats placent-ils les philosophes grecs devant les Prix Nobel d’économie?

Le classement des plus grands «influenceurs» en économie, c’est-à-dire selon Tom Coupé ceux qui profitent de la plus forte activité de recherche sur la plateforme Google, n'est pas constitué de personnalités contemporaines.

Adam Smith devant Keynes

Platon arrive en effet en tête, devant Aristote et Karl Marx. Adam Smith, le père du libéralisme, se classe au 7e rang, avec une intensité de recherche cinq fois plus modeste que Platon. John Maynard Keynes, l’inspirateur des plans de relance tels que celui de Joe Biden, est 9e, le monétariste Milton Friedman 21e, l’essayiste Thomas Piketty 44e, le père de la destruction créatrice Joseph Schumpeter 52e.

Christine Lagarde est la première femme. Juriste de formation, elle se situe au 26e rang des économistes, la philosophe communiste Rosa Luxemburg 32e, Janet Yellen, la nouvelle secrétaire au Trésor du président Joe Biden, 36e. La présence féminine est limitée à 6% du top 100.

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Pour son classement, qui prend en compte plus de 3000 économistes, Tom Coupé s’appuie sur les recherches mensuelles moyennes sur Google durant cinq ans en construisant un indice qui prend en compte le nombre de demandes sur la plateforme et les recherches totales à un moment particulier et à un endroit précis.

L’avantage politique

Une carrière politique profite souvent à un économiste, par exemple à Christine Lagarde, laquelle présente un impact similaire au très médiatique Prix Nobel 2008 Paul Krugman. Ce dernier tient une chronique dans le New York Times qui a conduit l’ancien président Donald Trump à lui accorder le premier prix des Fake News Awards.

Les anciens présentent pourtant une plus forte intensité des recherches que les contemporains. Adam Smith obtient un score qui est le triple de celui de Paul Krugman, selon la méthode de Coupé. Malgré la forte volatilité de l’intérêt pour une personne, au cours des cinq dernières années Adam Smith a toujours été devant Paul Krugman.

Tyler Cowen est le meilleur exemple des économistes célèbres davantage sur internet qu’en raison de leurs travaux scientifiques, selon Tom Coupé. Le professeur à l’Université George-Mason, aux Etats-Unis, auteur du blog Marginal Revolution, se hisse au 104e rang, alors qu’il n’appartient pas aux 3000 premiers en termes de travaux académiques. Il existe plusieurs façons d’attirer l’attention, commente Tom Coupé.

Le classement des universitaires

Dans un autre classement qui se limite aux économistes appartenant au top 5% en termes de travaux de recherches, Tom Coupé place John Forbes Nash au 1er rang, devant Benoit Mandelbrot, Milton Friedman, Paul Krugman, Raghuram Rajan et Janet Yellen.

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Le travail de recherche académique a longtemps défini le statut d’un économiste, à travers le nombre de ses publications ou de ses citations dans les journaux spécialisés. Le moment semble venu de se référer à des données alternatives sur l’impact d’un économiste, les «altmetrics». Par exemple, le nombre d’apparitions des économistes dans les médias grand public, les blogs et les réseaux sociaux durant 90 jours avait été évalué par le magazine The Economist en 2014.

Le premier avantage de la méthode de Tom Coupé consiste à estimer l’impact d’un chercheur en dehors des milieux académiques. Les inconvénients sont toutefois nombreux, reconnaît l’auteur. Personne ne sait exactement comment Google Trend construit ses algorithmes. De plus, les économistes non anglo-saxons sont désavantagés. Des plateformes concurrentes existent par exemple en Russie et en Chine.

La nouvelle méthode conduit à des résultats qui ne sont pas complètement différents des évaluations traditionnelles (la corrélation est positive, mais limitée à 0,3). C’est donc davantage une information complémentaire qu’une révolution.