«Le trimestre de Merrill Lynch a été sauvé par le private equity», commentait Monica Parekh, analyste de JP Morgan, après la publication des derniers résultats de la banque américaine. Plus précisément, les revenus tirés de ce segment ont triplé en une année.

Le private equity, qui consiste à racheter tout ou partie de sociétés (normalement non cotées, mais c'est de moins en moins vrai) pour le revendre ultérieurement avec plus-value, est devenu une importante source de bénéfices à Wall Street.

Le vent favorable qui souffle sur ce secteur se traduit en premier lieu par les montants sans précédent que les établissements financiers récoltent auprès des investisseurs. Les sociétés de private equity cherchent actuellement à rassembler 82 milliards de dollars, d'après le Financial Times. L'année dernière, elles avaient obtenu plus de 56 milliards, un chiffre déjà jugé record. Leurs bénéfices n'attendent pas: les fonds de private equity facturent dès le premier jour une commission de gestion comprise entre 1,3% et 1,8%. Mais plusieurs années sont nécessaires avant que tout l'argent ne soit effectivement utilisé et encore plus avant que les investisseurs ne puissent espérer obtenir une rémunération.

En tout, les sommes en attente d'investissement auprès des fonds de private equity seraient de 297 milliards de dollars. Tout cet argent qui grossit d'ores et déjà les commissions de Wall Street produira-t-il les plus-values espérées par les investisseurs?

L'énormité de la somme en jeu nourrit le doute. En prenant en compte le fait que les rachats de sociétés par des fonds de private equity sont financés à 80% avec de la dette, la force de frappe financière du secteur se monte à 1485 milliards de dollars. C'est presque deux fois la capitalisation du SMI (819 milliards de dollars), ou 12% de celle du SP500, l'indice des grandes capitalisations américaines. Le danger est que les fonds de private equity, contraints d'employer rapidement tout l'argent qui leur est confié, deviennent moins exigeants ou achètent trop cher. En début d'année, les stratèges estimaient déjà que l'une des principales causes pour l'appréciation des marchés d'actions était la pression des fusions et acquisitions. Beaucoup sont le fait des fonds de private equity.

Malgré cette menace, les investisseurs continuent de souscrire. Le britannique 3i a déjà rassemblé 4,3 milliards d'euros pour son nouveau fonds de private equity. Plus que les 3,5 milliards d'euros initialement envisagés, selon le Financial Times.