Plus de 500 millions de dollars doivent être donnés à un dispositif visant à assurer à tous les pays un accès équitable aux tests, aux traitements et aux vaccins contre le Covid-19, à l’occasion d’un «Forum de Paris sur la paix» qui se tient jeudi et vendredi dans la capitale française. Ses organisateurs ont notamment annoncé que l’Elysée doit injecter 100 millions d’euros, Madrid 50 millions et la Commission européenne 100 millions dans l’Accélérateur ACT, un instrument onusien qui vise à garantir un accès équitable aux soins.

Les millions tombent, mais seront-ils suffisants pour assurer une répartition juste des soins? La question est toujours plus brûlante, alors que face à la pandémie des vaccins pointent le bout de leur nez, des traitements sont homologués et des tests de diagnostic se déploient.

Etats-Unis absents

Lancé en avril, l’Accélérateur ACT repose sur trois piliers: celui des traitements, dirigé par les organisations genevoise et londonienne Unitaid et le Wellcome Trust, celui des diagnostics, sous la supervision des groupes genevois FIND et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et les vaccins. Ce dernier axe, baptisé Covax, est chapeauté par les organisations genevoises Gavi et l’OMS, et la Norvégienne CEPI. Les trois mécanismes invitent les pays nantis et les firmes pharmaceutiques à faire un effort pour le bien commun.

Covax divise les nations en deux catégories: les riches et les moins développées. Ces dernières, au nombre de 92, doivent bénéficier du dispositif pour recevoir un minimum de doses, quand (ou si) un vaccin sera autorisé. Pour l’instant, 94 pays de la première catégorie jouent le jeu. Le Japon a versé 130 millions de dollars en octobre. Le Royaume-Uni a déboursé 702 millions, l’Allemagne 117, l’Arabie saoudite 153. La Suisse 22 millions. Les Etats-Unis et la Russie sont les principaux absents.

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Covax veut réunir 2 milliards de dollars avant la fin de l’année, puis cinq autres en 2021. A ce jour, 1,8 milliard a été récolté. Suffisant? «La question est d’autant plus ouverte que Covax n’a pour l’instant signé qu’un seul contrat avec un producteur», relève Patrick Durisch, de l’ONG Public Eye. Le groupe AstraZeneca s’est engagé à fournir 300 millions de doses de son vaccin s’il est homologué. «D’autres contrats sont en négociation avec des pharmas», signale une porte-parole de Gavi. L’organisation a signé fin octobre une déclaration d’intention pour l’acquisition de 200 millions de doses du vaccin candidat de Sanofi-GSK.

«Que restera-t-il pour Covax?»

«Si tous les vaccins favoris sont rapidement acceptés, on aura au mieux sept ou huit milliards de doses en 2021. Or les pays plus aisés en ont déjà réservé neuf milliards. Que restera-t-il pour Covax?» s’interroge Patrick Durisch. En septembre, l’ONG Oxfam a signalé que l’Union européenne, les Etats-Unis et le Japon, qui représentent 13% de la population mondiale, avaient réservé la moitié des doses potentiellement disponibles.

L’OMS estime le budget nécessaire à l’Accélérateur ACT à 38 milliards de dollars. Or moins de 3 milliards lui ont été promis à ce stade. Ce programme entend fournir, avant la fin de 2021, 500 millions de tests pour les pays à revenus faibles ou intermédiaires, 245 millions de traitements et deux milliards de doses de vaccin.