En principe, la réunion des ministres des Finances du G8 devrait être cruciale pour dénouer les tensions actuelles sur le marché de l'énergie. Mais voilà, c'est la Russie qui préside cette année, et ses intérêts de pays producteur sont bien loin de coïncider avec ceux des sept plus grosses économies mondiales. Moscou ne partage pas leur angoisse devant l'inflation des prix de l'énergie, car le gouvernement est le premier à en bénéficier. Longtemps confiné à un strapontin du G7, Moscou tient cette année le haut du pavé et profite de l'aubaine pour renforcer son poids sur la scène internationale, quitte à tenir tête à ses collègues du G7.

Destinée à préparer la rencontre des chefs d'Etat du G8 du 15 au 17juillet prochain à Saint-Pétersbourg, la réunion de ce week-end exige une concertation fructueuse et des décisions claires, faute de quoi le climat glacial des dernières semaines entre Russie et Occident risque de déboucher sur un fiasco le mois prochain.

Publiquement, tous les participants sont d'accord pour améliorer la transparence des marchés de l'énergie, tant au niveau de la tarification que de la production. Prompt à partager la responsabilité des problèmes avec les pays consommateurs, le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, se déclare favorable à une meilleure transparence. Il affirme toutefois que «les dus à des crises de production, mais à des crises causées par une augmentation imprévue de la consommation. Nous avons donc davantage besoin de prévisions fiables du côté de la consommation».

La transparence a pourtant des limites en Russie. «Nous sommes prêts à avancer ensemble avec les autres pays», s'est contenté de déclarer le ministre, qui avait le mois dernier annoncé que la Russie pourrait déclassifier partiellement ses chiffres sur les réserves de pétrole et de gaz, classés secrets depuis l'époque soviétique. Une question stratégique, de celles qui typiquement ne se décident qu'au sommet du Kremlin.

Considéré comme l'un des deux seuls représentants de l'aile libérale au sein du gouvernement russe, Alexeï Koudrine semble, selon certains observateurs, plutôt isolé et tenu à l'écart des décisions importantes. D'un naturel peu expansif, voire introverti, le ministre a l'habitude de faire le dos rond lorsque le gouvernement prend des décisions contraires à ses recommandations. A plusieurs reprises, ses annonces d'une libéralisation prochaine du marché gazier russe ont été sèchement démenties par la direction de Gazprom, dont l'autorité dans le domaine énergétique lui donne bien souvent le dernier mot. La charte de l'énergie poussée par les Européens sera, quant à elle, écartée des discussions, a prévenu le ministre.

Irrités par l'arrogance du monopole russe, les Européens menacent de bloquer les acquisitions de Gazprom tant que Moscou n'ouvrira pas l'accès de ses gazoducs aux gaziers indépendants et ne relèvera pas ses tarifs gaziers domestiques. En outre, les Occidentaux constatent avec regret la fermeture croissante des gisements russes aux investisseurs occidentaux.

Moscou continue en effet à durcir sa position sur le marché énergétique mondial, en fermant d'un côté ses gisements et ses pipelines aux étrangers tandis qu'il pousse ses majors nationales - en particulier son géant Gazprom - à conquérir les marchés internationaux. Si Russes comme Occidentaux reconnaissent que la réciprocité est nécessaire, les gestes d'ouverture se font attendre.