Difficile de jouer à la fois du frein et de l'accélérateur. C'est pourtant ce qu'a fait hier Paul Smits, président de KPN, en présentant les résultats semestriels de son groupe. Car l'opérateur traditionnel aux Pays-Bas a quelques problèmes. Candidat à une licence UMTS en Allemagne, il a perdu en route l'un de ses alliés, le chinois de Hongkong Hutchison. Du coup, il se retrouve avec une énorme facture à régler: 77,5% des 16,4 milliards de marks que lui coûte l'entrée sur le marché allemand du portable de troisième génération. Le reste est acquitté par son autre partenaire, l'américain Bellsouth. Depuis, l'action de KPN dégringole.

Alors Paul Smits doit démontrer qu'il peut conduire son groupe à destination: devenir l'un des trois premiers européens dans la téléphonie mobile. Smits use donc de l'accélérateur. Les changements dans ce métier sont ultra-rapides, mais nous sommes en période de forte croissance, notre stratégie porte ses fruits. Les licences UMTS sont coûteuses, mais cela concerne l'ensemble des opérateurs, a-t-il martelé en substance. Outre l'Allemagne, KPN possède une licence en Grande-Bretagne avec Hutchison, et il vient d'en acquérir une autre aux Pays-Bas. «Nous avons dit depuis le début que nous voulions être présents dans trois pays hors de nos frontières dans l'UMTS, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Belgique.»

Mais le frein n'est pas loin. Jusqu'à présent, la France était également dans le collimateur de KPN, qui s'y cherche un partenaire local. Hier, Paul Smits a nuancé son intérêt pour l'Hexagone: «Tout dépendra des possibilités concrètes», indique-t-il désormais, avant d'ajouter: «Nous devons tenir compte de nos possibilités financières, parfois, nous devrons apprendre à dire non.»

Grâce notamment à des emprunts et à l'entrée du japonais NTT DoCoMo dans le capital de sa filiale dans le portable, KPN peut payer ses acquisitions. Mais il devra se refinancer par une émission de titres avant la fin de l'année, puis par la mise sur le marché d'une partie de KPN Mobile.

Actionnaire à 43,5% du groupe, l'Etat néerlandais a fait savoir mercredi que, contrairement à ses plans, il retardera à une date non précisée sa descente dans le capital.

Paul Smits appuie également sur le frein en Europe de l'Est et en Asie. Ainsi, il n'est pas question de monter dans la capitale du tchèque Cesky Telkom tandis que le groupe se retire aussi d'Inde et de Chine. «Nos autres positions seront également passées au crible», affirme-t-il. Aux Pays-Bas, Paul Smits se donne deux mois pour mettre au point un plan de réduction «substantiel» des coûts, se traduisant par des pertes d'emplois.

Perte nette de 19 millions d'euros

Les résultats financiers sont également contrastés. Du fait des coûts de l'acquisition d'E-Plus, le premier semestre s'est soldé sur une perte nette de 19 millions d'euros, contre un bénéfice de 416 millions un an plus tôt. L'Ebitda (bénéfice d'exploitation) est en hausse de 17,4% à 1,75 milliard d'euros, et le chiffre d'affaires bondit de 29,5% à 5,2 milliards. L'Ebitda sera inférieure «de plusieurs centaines de millions» aux 3,6 milliards d'euros pronostiqués plus tôt pour l'année entière. En revanche, KPN bénéficiera d'un profit exceptionnel de 2 milliards d'euros, une partie de la somme payée par NTT DoCoMo pour entrer dans sa filiale mobile.

Paul Smits a-t-il convaincu? Hier, le titre chutait à 28,4 euros avant de se reprendre et de clôturer en légère baisse par rapport à la veille, à 29,17 euros.