Musique

En difficulté, Spotify songe à augmenter ses prix

Le numéro un mondial du streaming audio devrait tester une hausse de son abonnement famille. Soumise notamment à la concurrence du service Music d’Apple, la société suédoise est toujours déficitaire

C’est un test, éventuel, mais qui en dit long sur le dilemme qui agite Spotify. Le numéro un mondial du streaming songe à augmenter le prix de l’un de ses abonnements. Cotée en bourse depuis 2018 et confrontée à des pertes récurrentes, la société suédoise devra choisir entre continuer à s’étendre au niveau international aux tarifs actuels ou les augmenter, au risque de voir sa croissance freinée.

Révélé jeudi par Bloomberg, le plan d’augmenter les tarifs ne devrait concerner dans un premier temps que la Scandinavie, dans le cadre d’un test. L’abonnement «famille» devrait voir son prix s’accroître de 13%, une mesure que pourrait prendre Spotify – qui n’a pas commenté l’article de Bloomberg – pour contrecarrer une tendance négative: la baisse du chiffre d’affaires moyen par utilisateur. L’offre «famille», qui permet à cinq personnes de se partager un même abonnement, est de plus en plus populaire. Conséquence: le revenu par utilisateur, qui était d’environ 7 euros par mois en 2015, a chuté à 6 euros en 2016 pour s’établir désormais à 4,68 euros.

La croissance déçoit

En Suisse, Spotify propose aujourd’hui quatre abonnements mensuels: un service gratuit, comprenant des coupures publicitaires et n’offrant pas le téléchargement de titres. Un abonnement individuel à 12,95 francs, un abonnement «famille» à 19,90 francs et une offre pour les étudiants à 6,49 francs mensuels.

La société est toujours en croissance. A la fin du premier semestre 2019, elle comptait au total 232 millions d’utilisateurs inscrits, contre 217 millions un an plus tôt. Parmi ceux-ci, le nombre de clients payant un abonnement s’est élevé à 108 millions, soit huit de plus que trois mois auparavant et 30% de plus par rapport à une année plus tôt. Les analystes s’attendaient plutôt à une hausse à 109 millions d’utilisateurs payants. Dans son annonce de résultats, Spotify affirmait ne pas avoir assez mis en avant une offre pour étudiants, ce qui expliquait, selon la société, cette différence par rapport aux attentes des marchés.

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Dans le rouge

Fondée en 2006 à Stockholm, la société demeure dans le rouge. Elle a accusé une perte de 76 millions d’euros lors du dernier trimestre, un chiffre meilleur que les 394 millions perdus un an plus tôt. Et son chiffre d’affaires s’est élevé à 1,67 milliard d’euros, contre 1,27 milliard un an auparavant. Spotify tire 90% de ses revenus des abonnements, le solde étant généré par la publicité présente au sein de l’offre gratuite. Spotify ne dit pas quand elle atteindra la rentabilité.

Selon les responsables de Spotify, le marché total que pourrait viser la société s’élèverait à un milliard d’utilisateurs. Mais pour y parvenir, il faudra faire face à une concurrence qui s’intensifie. Apple a attendu 2015 pour lancer Music, son propre service de streaming, mais il compte déjà 60 millions d’utilisateurs payants. Selon le Financial Times, le service concurrent d’Amazon est utilisé par 32 millions d’abonnés. Parmi les autres géants actifs sur ce marché se trouve notamment Google, qui n’a encore jamais communiqué le nombre d’abonnés à son service YouTube Music.

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Tensions avec les artistes

Leader historique du streaming, Spotify possède un désavantage par rapport à ses concurrents. Totalement focalisé sur la musique, il ne peut compenser ses pertes par d’autres activités. Cet été, le média suédois DiGital rapportait que Daniel Ek, fondateur et directeur de Spotify, avait avancé un projet pour que sa société se lance sur le marché de la vidéo à la demande. Cette idée, qui ne s’est jamais concrétisée, s’était ensuite notamment heurtée au scepticisme de ce même Daniel Ek, qui craignait qu’un service de vidéo ne soit pas rentable.

Un point central, pour l’avenir de Spotify, sera la rémunération versée aux artistes lors de chaque écoute de chanson, qui s’élève à environ 0,006 dollar par titre. Cette rémunération fait l’objet de tensions permanentes depuis des années. Au début de l’année, le Copyright Royalty Board américain enjoignait à tous les services de streaming d’accroître le niveau de rémunération des artistes de 44% sur cinq ans. Amazon, Google ou encore Spotify ont décidé de faire appel de cette décision. Mais pas Apple, qui cherche ainsi à amadouer des artistes dont certains ont déjà, par le passé, quitté Spotify pour proposer leurs titres à d’autres plateformes.


Netflix a augmenté ses tarifs

Le numéro un mondial de la vidéo à la demande a beau être bénéficiaire – il a réalisé un profit de 271 millions de dollars lors du deuxième trimestre –, il augmente ses tarifs pour financer ses productions maison. En début d’année, Netflix avait augmenté les prix de ses deux formules d'abonnements aux Etats-Unis, les faisant passer de 7,99 dollars par mois à 8,99 dollars et de 11 dollars par mois à 13 dollars. Cette mesure sera appliquée au 1er septembre en Europe, l’abonnement standard passant notamment de 10,99 euros à 11,99 euros.

A priori, ces hausses ne devraient pas intervenir en Suisse, où les prix avaient déjà pris l’ascenseur en avril: l’offre standard avait renchéri d’un franc pour passer à 16,90 francs, l’abonnement Premium était passé de 19,90 à 21,90 francs alors que l’offre de base était demeurée inchangée à 11,90 francs par mois. A. S.

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