La tourmente dans laquelle se trouvent les compagnies aériennes américaines fragilise leurs consœurs européennes et, du même coup, les grandes alliances aériennes que sont Skyteam, Star Alliance et Oneworld. Certes, les Etats-Unis ne vont pas se retrouver sans compagnies aériennes du tout – le gouvernement ne l'accepterait pas –, mais un mouvement de concentration n'est pas à exclure. De leur côté, les partenaires européens se veulent rassurants, à l'instar de Lufthansa qui, dans un bref communiqué, réitérait hier sa confiance dans United Airlines, son partenaire dans Star Alliance.

Mais les compagnies européennes préféreraient sans doute que la santé de leurs partenaires soit meilleure. «Le développement des alliances va logiquement ralentir à cause des restrictions budgétaires», souligne William Gaillard, porte-parole de IATA, l'association des transporteurs aériens. En outre, à cause de la convention de Chicago, les compagnies européennes ne peuvent ni reprendre les créneaux sur les liaisons intérieures américaines, ni racheter une compagnie aérienne d'outre-Atlantique pour leur venir en aide. La prise de participation dans une compagnie américaine ne peut en effet pas dépasser 25%. Les difficultés que rencontre l'industrie de l'aviation civile devraient changer petit à petit ces règles devenues obsolètes. Pour le moment, les Etats se retranchent encore derrière la sécurité nationale pour ne pas les modifier.

Air France et KLM mieux loties

La bataille entre les partenaires des deux continents a surtout lieu sur le front des liaisons internationales. Les tarifs en «business class» sont, depuis près d'un trimestre, plus élevés que l'an dernier. D'où la tentation, pour les compagnies américaines en difficulté, de faire du volume au détriment des prix, notamment sur les liaisons transatlantiques (13% du trafic mondial).

Une pratique qui n'est bien sûr pas du goût de leurs consœurs européennes, qui doivent remettre leur partenaire au pas. British Airways et Lufthansa souffrent respectivement des difficultés d'American Airlines et de United Airlines, alors qu'Air France et KLM sont mieux loties. Ces dernières ont choisi respectivement Delta Airlines et Northwest, qui devraient retrouver une meilleure santé au troisième trimestre.

Quant à Swiss, dont le partenaire américain est American Airlines, elle cherche toujours à entrer dans Oneworld. Même si la conjoncture n'est pas favorable, les discussions suivent leur cours, dans l'espoir d'y entrer d'ici à la fin de l'année. A moins que les cartes du jeu ne changent de main avant cette échéance…