Politique monétaire

Le dilemme de la Fed face à Donald Trump

La banque centrale américaine se réunit ces mardi et mercredi. Mais les regards sont plutôt tournés vers le sommet du G20, prévu les 28 et 29 juin à Osaka. Jerome Powell, le président de la Fed, pourrait presser Donald Trump de mettre fin aux tensions commerciales et aux incertitudes qui plombent l’économie

Céder aux pressions du président américain? Ou le mettre en rage? C’est le dilemme auquel fait face Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed) ces mardi et mercredi lors de la réunion du Comité monétaire de la banque centrale américaine (FOMC). «En accusant la Fed de freiner la compétitivité américaine avec un taux directeur élevé, Donald Trump a quasiment fait de la politique monétaire une question de sécurité nationale, relève Thomas Costerg, économiste senior et spécialiste des Etats-Unis à la banque Pictet à Genève. Jerome Powell n’ignorera sans doute pas les appels du président et préconisera une baisse des taux. Mais applicable à une date ultérieure.»

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«Trouver une issue aux tensions commerciales» 

En clair, Donald Trump exige une baisse pour relancer le moteur américain. «La Fed ne m’a pas écouté et fait une grosse erreur en relevant les taux d’intérêt trop vite», a-t-il pesté récemment. La Fed a mis fin à sa politique d’assouplissement monétaire fin 2015 lorsque le pays était clairement sorti de la récession. Depuis, elle a relevé les taux neuf fois pour les situer actuellement entre 2,25 et 2,50%.

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Toutefois, la croissance du produit intérieur brut américain pour 2019 est d’ores et déjà ramenée à la baisse à 2%, contre 2,9% réalisée en 2018. Soit largement inférieure à la promesse de 4% faite par le président Trump. Le taux de chômage, à 3,6%, est au plus bas depuis cinquante ans, mais les créations d’emplois ont marqué le pas en mai.

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Selon Thomas Costerg, l’annonce d’une baisse des taux sera crédible. Car l’économie continue à se dégrader en raison d’une part de fortes incertitudes liées aux tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine et, d’autre part, de l’absence de l’inflation. «Jerome Powell va, sans entrer dans la politique, recadrer le débat et renvoyer la balle au président Trump en lui intimant de trouver une issue aux tensions commerciales», anticipe l’économiste de la banque Pictet.

Sommet Trump-Xi à Osaka

Pour Sami Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier à Genève, il n’y a presque pas de doute que la Fed baissera ses taux directeurs, graduellement d’au moins 1 point de pourcentage durant les douze prochains mois. Pourquoi? «Parce qu’elle doit attendre les conclusions du sommet du G20, les 28 et 29 juin à Osaka, où le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping pourraient mettre fin à la guerre commerciale et, par conséquent, à l’incertitude qui plombe l’économie mondiale», répond-il.

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L’économiste de la banque privée genevoise fait remarquer que les tensions commerciales ont effectivement provoqué un virage à 180° de la politique monétaire de la Fed. «A la même période l’an dernier, elle se dirigeait vers la normalisation de ses taux directeurs, rappelle-t-il. Par la suite, il y a eu une période attentiste, mais les tensions commerciales ont fait basculer vers un assouplissement additionnel de la politique monétaire.» Selon lui, si les baisses des taux ne sont pas encore intervenues, c’est que l’impact des hostilités entre la Chine et les Etats-Unis ne s’est pas encore fait ressentir par les populations.

Les marchés anticipent la fin des hostilités

Sur le même registre, Sami Chaar fait noter que si les marchés sont restés globalement positifs depuis le début de l’année, c’est qu’ils semblent parier sur un compromis sino-américain. «Le sommet du G20 offre une belle fenêtre d’opportunité, insiste-t-il. Sinon, la prochaine échéance se présentera dans quinze mois, c’est-à-dire au moment de l’élection présidentielle américaine. Donald Trump s’y présenterait comme un chef de guerre pour assurer sa réélection alors que la Chine s’engagerait pour obtenir sa défaite.»

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