La Banque centrale européenne (BCE) est confrontée à un choix cornélien. L’économie de la zone euro connaît sa croissance la plus rapide depuis la crise de la dette souveraine en 2011. Bien que remarquablement généralisée, la reprise ne s’est cependant pas traduite, jusqu’à présent, par une hausse de l’inflation. A l’occasion de sa dernière réunion, la BCE a même revu à la baisse ses prévisions inflationnistes pour 2018 et 2019, les ramenant à 1,2 et 1,5%, respectivement.

On est donc loin de l’objectif qu’elle s’est fixé d’une inflation juste en deçà de 2%. Qui plus est, la récente fermeté de l’euro – qui a gagné 14% cette année face au dollar américain – est susceptible d’exercer une pression baissière supplémentaire sur l’inflation. Autre élément à prendre en compte, le programme de rachat d’obligations de la BCE ne saurait se poursuivre indéfiniment. Celui-ci devrait atteindre, courant 2018, les limites que la BCE s’est imposées en matière d’émissions et d’émetteurs.

Comment la BCE réagira-t-elle?

Une partie de la réponse dépendra de l’euro. Lors de sa récente conférence de presse, le président de la BCE, Mario Draghi, a signalé que l’euro était devenu une «source d’incertitude» nécessitant une «surveillance». Le niveau de la monnaie sera une variable déterminante pour la politique, a-t-il ajouté, ce qui rendrait plus difficiles les prévisions en matière d’inflation.

Mario Draghi a aussi fait valoir que l’impact de l’euro sur la politique serait différent selon que la fermeté de la monnaie serait due à des facteurs endogènes ou exogènes. Si la vigueur de l’euro tient à la reprise de l’économie de la zone euro, une appréciation de la monnaie unique semblerait justifiée. Dans ce cas, la BCE ne devrait pas réagir à cette évolution en assouplissant sa politique.

En revanche, si la fermeté de l’euro est due à des forces exogènes – telle qu’une faiblesse du dollar américain proprement dit –, la BCE pourrait se montrer plus encline à maintenir plus longtemps encore sa politique accommodante.

Probable compromis

Mais l’heure approche où la BCE devra prendre une décision. Le programme actuel de rachat d’obligations touche à sa fin en décembre, et son extension éventuelle en 2018 nécessiterait une nouvelle décision de politique monétaire. Etant donné les forces contradictoires en présence – forte croissance et faible inflation –, on s’achemine vraisemblablement vers une solution de compromis.

L’issue la plus probable serait que la BCE prolonge son programme de rachat d’obligations en 2018 à un rythme plus modéré qu’actuellement de 60 milliards d’euros par mois, tout en présentant la chose comme une prolongation de la relance monétaire plutôt que comme une réduction du programme de rachat d’actifs. Au final, on ne devrait assister qu’à un resserrement très graduel en 2018, une évolution qui sera favorable aux classes d’actifs à risques comme les actions.

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