Associer une fonction de Microsoft à des serviettes hygiéniques paraît impensable? Et pourtant, c’est bien ce qui aurait pu se passer si la femme d’affaires Suzan Gail LeVine, devenue diplomate, n’était pas arrivée au bon moment dans l’entreprise. Les personnes en charge du projet, une dizaine d’hommes, avaient décidé d’appeler leur outil informatique «Maxi protection feature». Une dénomination à double sens pour les femmes mais que ses collègues masculins n’avaient pas relevée. Grâce à cette expérience, ils ont compris l’utilité de se constituer une équipe diversifiée, avec des personnes de tous horizons et cultures. Ils ont donc appris de leurs erreurs. Et c’était le message que Suzan Gail LeVine, ambassadrice des Etats-Unis en Suisse et au Liechtenstein, a voulu transmettre aux étudiants de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) mercredi dernier. Invitée pour discuter de l’esprit d’entreprise et de l’innovation, elle a délivré les secrets des Américains et conseillé quelques jeunes entrepreneurs.

La peur de l’échec

Le côté officiel et sérieux s’est vite détendu dès l’intervention de l’ambassadrice. «Je voulais être astronaute!», a-t-elle lancé sur un ton sérieux. Bien qu’elle n’y soit pas encore parvenue, elle a tenu à expliquer aux étudiants lausannois la philosophie entrepreneuriale des Américains: «Chez nous, ce qui caractérise l’innovation, c’est la liberté de se tromper, de constater ses erreurs et d’apprendre de celles-ci.» D’après son expérience, certains investisseurs refusent même de financer les entreprises qui n’ont jamais vécu un échec. Un de ses amis lui a d’ailleurs demandé de rappeler aux étudiants leur phrase clé: «tombez rapidement mais à moindre coût!»

Selon elle, la peur de l’échec paralyse l’innovation. Ainsi, pour que la Suisse reste dans les meilleurs pays en termes d’innovation, la diplomate préconise un changement de la façon de penser: «Il ne faut pas avoir peur de tomber mais il faut s’en féliciter et se demander qu’est-ce que l’on a appris de cette chute, plutôt que de chercher à savoir pourquoi on n’a pas réussi.» Certains le font déjà, comme Novartis qui invite les employés qui ont échoué au restaurant, a-t-elle exemplifié. «L’innovation, c’est un état d’esprit.»

Le cas de l’EHL

Pour innover, il ne faut pas avoir peur de se lancer. Mais comment faire pour anesthésier cette peur de l’échec à l’école? Suzan Gail LeVine a eu une idée: «remplacer les notes par des niveaux, comme dans les jeux vidéo, pour s’assurer que l’on évolue uniquement lorsque l’on a compris les éléments» Elle relève d’ailleurs que cette philosophie est déjà utilisée dans les jardins d’enfants et les écoles primaires. Une mesure que l’EHL ne semble pas prête à instaurer puisque l’école considère déjà vérifier les connaissances théoriques de leurs étudiants par des tests pratiques.

Selon Margarita Cruz, professeur à l’EHL, aujourd’hui, les élèves sont très jeunes quand ils commencent à se lancer dans le monde de l’entrepreneuriat. «Il y a un changement générationnel mais je crois que malgré le fait qu’ils soient très confiants, ils restent un petit peu effrayés par l’échec», constate-elle. Durant le débat, des étudiants de l’EHL ont présenté leurs sociétés pour bénéficier du regard critique et des conseils du couple américain. Idée recyclée, manque de femmes dans la direction, très directe la diplomate leur a fait part de ses idées et de ses expériences.

Restez Suisses

«N’essayez pas de vouloir ressembler à la Silicon Valley! Soyez plus comme la Suisse! Prenez ce qu’il y a de bien à prendre des Etats-Unis ou d’ailleurs mais développez vos idées avec vos caractéristiques clés», a affirmé Suzan Gail LeVine avec engouement. Et, selon elle, ce ne sont pas les singularités qui manquent en Suisse: multilinguisme, système de formation par apprentissage, loyauté des employés, qualité de vie et sens du détail, etc. Autant de particularités dont les Suisses doivent être fiers. «C’est comme prendre deux bons ingrédients, comme le beurre de cacahuète et le chocolat suisse, pour en créer un meilleur goût!», a-t-elle expliqué tout en imaginant la saveur de ce mélange original.