Le signal de la rébellion lancé par le financier René Braginsky aux actionnaires de Sulzer provoque enfin une réaction de Sulzer. Comme on pouvait s'y attendre (Le Temps de mardi), le conseil d'aministration et la direction de Sulzer ont rejeté vendredi l'offre publique d'achat (OPA) surprise de 4,4 millards de francs lancée lundi par la société d'investissement Incentive Capital du financier René Braginsky. Une société qui contrôle déjà 15% du groupe Sulzer. Motif principal invoqué: le prix proposé par Incentive est insuffisant. «René Braginsky enfonce des portes ouvertes. L'offre n'est pas intéressante pour nos actionnaires. Dans le fond, Incentive ne propose rien d'autre que la transformation que nous avons lancée, afin de recueillir à son profit la valeur supplémentaire générée par ce processus», commente Ueli Roost, le président du conseil et de la direction de Sulzer. Et de conclure: «L'offre d'Incentive est nettement inférieure à ce que les actionnaires peuvent attendre de nous.» Le conseil d'administration de Sulzer explique en outre dans le communiqué diffusé vendredi que la remodelage du groupe industriel est en bonne voie et que le groupe est en mesure de valoriser Sulzer à un prix nettement supérieur à «l'offre d'Incentive Capital orientée sur le court terme». Une prétention qui suscite le scepticisme chez les analystes. Mais pour gagner à sa cause les actionnaires de Sulzer - puisque ce sont eux qui auront le dernier mot - le patron du groupe industriel de Winterthour insiste sur le fait que Sulzer et Sulzer Medica seront bel et bien scindées, comme il s'y était déjà engagé. Contrairement au projet de restructuration initial présenté en novembre dernier et qui comportait une intégration complète de Sulzer Medica au sein de Sulzer. Inventive Capital et son patron René Braginsky avaient en effet contribué à mettre en échec le plan de Ueli Roost visant à ce que Sulzer rachète les 26% de Sulzer Medica encore dans le public.

Incentive Capital a immédiatement réagi vendredi par le biais d'un communiqué à la prise de position de Sulzer en maintenant son offre. Celle-ci valorisait la partie industrielle de Sulzer avec une prime de 41% (variante en liquide) ou de 48% (variante avec actions d'Incentive Capital). La société d'investissement zougoise salue également la proposition de réduire la taille du conseil d'administration de Sulzer, sans commenter la composition proposée de celui-ci. C'est que le financier René Braginsky vise une place d'administrateur.

Souvent critiqué et rendu responsable de la situation précaire dans laquelle se retrouve Sulzer, le conseil d'administration sous pression accepte toutefois de modifier sa composition. C'est donc Leonardo E. Vanotti, président notamment du groupe industriel zougois Carlo Gavazzi qui est proposé à la présidence en remplacement de Ueli Roost. Ce dernier reste toutefois président du conseil d'administration de Sulzer Medica. Ainsi les conseils d'administration des deux groupes seront totalement distincts. Sulzer Medica doit toutefois encore se trouver un responsable opérationnel pour succéder à André Buchel, ainsi que le précise Markus Niederhauser, porte-parole de Sulzer à Winterthour. Pour Sulzer, le conseil d'administration proposé à l'assemblée générale des actionnaires du 19 avril prochain sera donc composé de Georges Blum, Reto R. Domeniconi, Jan Kleinewefers et d'une autre nouvelle personnalité: Louis R. Hughes, administrateur de Electrolux et de British Telecom. Le communiqué précise en outre qu'une nouvelle personne sera proposée ultérieurement au conseil.

Et comme la taille du conseil d'administration est réduite de 10 à 6 membres, six administrateurs devraient quitter le conseil, pour la plupart des anciens patrons, soit Pierre Borgeaud (longtemps président de Sulzer), Peter Spaelti, administrateur notamment du CS Group, Ueli Roost, Pierre Koechlin (ancien patron de Zschokke), Jakob Schmidheiny, patron actuel de Holderbank, ainsi qu'Erich Müller, ancien responsable financier de Sulzer et conseiller national. Quant à Leonardo Vanotti, qui est pressenti pour présider le conseil de Sulzer, il n'apparaît pas comme l'homme du changement puisqu'il siège au conseil de Sulzer depuis 8 ans. Leonardo Vannotti bénéficie toutefois d'une profonde connaissance du tissu industriel.