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A la suite de l’introduction de la directive MiFID II, les gérants de fonds européens ont réduit leurs budgets de recherche financière d’environ 20% et diminué le nombre de fournisseurs, selon un sondage du consultant Greenwich Associates.
© GERARD CERLES/ AFP Photo

Investissement

La directive MiFID II bouleverse la recherche financière

Devenues payantes, les analyses de sociétés cotées ont vu leurs prix s’effondrer avec l’entrée en vigueur du texte européen. Une forte consolidation est attendue parmi les courtiers

Des tarifs divisés par dix et des clients beaucoup plus regardants sur leur consommation. Le marché de la recherche financière vit une période de transition depuis l’entrée en vigueur, le 3 janvier dernier, de la directive MiFID II. Pour lutter contre les conflits d’intérêts, ce texte européen impose notamment aux intermédiaires financiers de vendre leur recherche financière. Auparavant, ce type d’informations était la plupart du temps gratuit, mais financé indirectement par les ordres de courtage qu’il suscitait. Les acteurs suisses – une petite dizaine d’acteurs locaux, dont les deux grandes banques – sont également concernés.

Avant MiFID II, un client recevait généralement des rapports écrits sur des sociétés cotées, mais aussi la possibilité de contacter directement les analystes qui les avaient rédigées, de rencontrer les entreprises couvertes ou de parler avec des experts. Chaque ingrédient étant devenu payant, le mode de consommation évolue vers une approche plus «à la carte».

Pression sur la recherche écrite

La nouvelle directive pousse le client à choisir le niveau d’information dont il a vraiment besoin, qui peut aller des simples chiffres d’une entreprise à la connaissance pointue d’un processus de fabrication complexe. Dans la pratique, les clients se sont massivement rabattus vers le produit écrit seulement. Et c’est justement dans la recherche écrite que la baisse des tarifs a été la plus forte, avec des prix parfois divisés par dix. Une conséquence prévisible, selon différents interlocuteurs consultés pour cet article, est une baisse drastique du nombre de courtiers dans les 6 à 12 prochains mois.

Un autre changement majeur concerne le «corporate access», estime Peter Romanzina, qui dirige l’activité de courtage chez Vontobel. Il est très important pour les investisseurs, en particulier les institutionnels, de rencontrer les dirigeants des entreprises dans lesquelles ils investissent. C’est même souvent une condition sine qua non. Avant MiFID II, une entreprise typique confiait à des courtiers l’organisation de «roadshows». Le courtier mettait sur pied une série de rencontres avec les investisseurs, s’occupait de toute la logistique et assumait la grande majorité des frais, sauf le déplacement et l’hébergement des dirigeants de l’entreprise. Puis il recueillait a posteriori les impressions des investisseurs et les transmettait à l’entreprise qui l’a mandaté.

Qui paiera, et combien?

L’opération était coûteuse, mais intéressante pour le courtier car elle renforçait la connaissance de l’entreprise et elle était indirectement financée par les commissions de courtage découlant des opérations décidées par les investisseurs. «Mais maintenant, avec MiFID II, le corporate access ne peut plus être gratuit, explique Peter Romanzina. Donc si une entreprise veut un roadshow, cette prestation de service devra être payée. Or sur le marché, les questions de qui devra payer quoi et de qui devra payer combien ne sont pas encore claires. Bien sûr, les coûts auront un effet sur la décision des entreprises, sur le nombre de roadshows qu’elles voudront éventuellement faire et avec qui.» Selon lui, une partie de la demande d’information se reportera sur les spécialistes des relations aux investisseurs, au sein des entreprises cotées.

Une autre conséquence possible de MiFID II serait que certaines valeurs ne soient plus couvertes par des analystes, faut de demande suffisante, par exemple pour les petites et moyennes capitalisations suisses. Sur ce point, Peter Romanzina estime que sur les quelque 200 valeurs que contient l’indice SPI, «les 80 à 100 plus importantes devraient continuer à être couvertes, surtout pour répondre aux besoins des investisseurs domestiques, focalisés sur les valeurs suisses, et des investisseurs internationaux qui se spécialisent sur les valeurs SMI et qui sont des investisseurs actifs». Vontobel couvre actuellement entre 110 et 115 titres du SPI, par l’intermédiaire de treize analystes primaires spécialisés.

D’après notre interlocuteur, le réajustement de l’offre se fera probablement au détriment des microcapitalisations, qui risquent le plus d’être sorties du périmètre des analystes: «Un client suisse, et c’est encore plus vrai pour un client américain ou anglais, sera-t-il d’accord de payer davantage pour recevoir des analyses sur 111 valeurs dont une très petite entreprise, ou payer un peu moins pour 110 valeurs sans cette microcapitalisation? Nous pensons que si cette dernière constitue un véritable investissement, avec de réelles opportunités de performance, elle continuera à être couverte, même s’il y a le risque que certains courtiers voudront ou devront couper les coûts.»

Compatible avec MiFID II avant MiFID II

Cette adaptation de l’offre est en cours actuellement, sous l’influence aussi des clients, qui découvrent parfois que leur nouveau package «post-MiFID II» ne contient plus telle ou telle valeur qui les intéresse. Outre le prix, des négociations portent aussi sur la délimitation du nouveau périmètre de couverture.

Sur ce marché en pleine réorganisation, Research Partners fait figure d’exception. «Nous étions déjà compatibles avec MiFID II avant MiFID II, résume Ronald Wildmann, le responsable de la recherche chez ce spécialiste indépendant de l’analyse de sociétés suisses. Les choses ne changeront pas chez nous, puisque nous vendons déjà notre recherche par abonnement, contre du cash, et pas en échange de commission de trading.» Research Partners n’a pas d’activité de courtage en plus de sa recherche.

Spécialisée dans les petites et moyennes capitalisations suisses, l’entreprise estime que «la recherche devra se focaliser davantage sur les moyennes et grandes capitalisations, là où la demande est beaucoup plus importante», poursuit Ronald Wildmann, qui précise que Research Partners ne compte pas changer de stratégie – «les autres devront changer, pas nous».

Vers davantage de spécialisation

Selon lui, la nouvelle directive poussera les acteurs à se spécialiser: «Les acteurs globaux avec une recherche globale auront tout intérêt à devenir encore plus grands, tandis que les acteurs de niche connaîtront encore du succès, mais ceux qui seront positionnés entre ces deux extrêmes sont en position de danger.»

Un avis partagé par Jean-Yves De Both, de Mirabaud Securities, le courtier du groupe bancaire genevois, lui aussi spécialisé dans les small et mid caps. Pour lui, ce segment pourrait même être délaissé par les grands acteurs internationaux, afin d’économiser sur les coûts. Quant au risque que certaines valeurs ne soient plus couvertes, Jean-Yves De Both en doute: «Des entreprises mandatent déjà des courtiers pour effectuer de la recherche financière sur elles-mêmes. Ce modèle assez répandu dans le monde anglo-saxon devrait se développer.»

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