Sommet

«Les dirigeants africains se retrouvent comme des écoliers devant les Européens»

Selon Vijay Makhan, ancien sous-secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, les Africains ne doivent pas se contenter de discuter de migration et de sécurité lors du sommet Afrique-Europe, qui a lieu mercredi et jeudi à Abidjan

Le cinquième sommet Afrique-Europe se tient ces mercredi et jeudi à Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire. Quelque 5000 participants, y compris 83 chefs d’Etat et de gouvernement de 55 pays d’Afrique et de 28 pays de l’Union européenne y sont attendus. Le flux de migrants africains se rendant en Europe est l’un des grands sujets à l’agenda.

Vijay Makhan, ancien diplomate mauricien et sous-secrétaire général de 1995 à 2003 de l’OUA, désormais l’Union africaine, était la cheville ouvrière de la première rencontre Afrique-Europe en 2000. Dans une interview au Temps, il appelle à plus de franchise dans les relations entre les deux continents.

Le Temps: Les intérêts européens et africains sont-ils convergents?

Vijay Makhan: Encore faudrait-il que ces intérêts soient connus et articulés de façon transparente entre partenaires honnêtes, sans agenda caché. Et là, les dirigeants africains ne doivent pas se contenter de solutions palliatives aux problèmes du continent, notamment les questions blessantes de migration et du trafic humain, qui perdurent. Evidemment, mis à part les conflits armés et la situation de paix et de sécurité, les obstacles liés au développement et aux questions sociales et économiques, y compris le financement, devraient être abordés en toute franchise.

Les dirigeants africains multiplient les sommets tantôt avec les Etats-Unis, tantôt avec la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie. Pourquoi autant de sollicitations?

L’Afrique a toujours été considérée comme le parent pauvre du monde, alors même qu’elle regorge de richesses naturelles. Elle a même été décrite comme une cicatrice sur la conscience du monde. De ce fait, à l’instar de l’UE, tous les grands pays, y compris les émergents, se bousculent pour avoir leur part et se donner bonne conscience. Et nous, Etats africains, n’avons aucune gêne à nous retrouver collectivement, comme des écoliers, devant les Européens.

L’Europe a-t-elle les moyens d’avoir une politique africaine dans un environnement compétitif, notamment dû à la Chine?

Au départ, l’UE ne voulait pas d’un instrument formel et structuré de coopération, voire de développement avec l’Afrique, se rabattant sur les conventions qui la lient avec ses anciennes colonies d’Afrique-Caraïbes-Pacifique. Evidemment, des pays comme la Chine et l’Inde, qui s’étaient ouverts au monde extérieur, ont vite comblé le vide. Surtout la Chine, qui finance à grande échelle des projets d’infrastructures, incontournables au développement du continent. L’UE s’en rend compte et essaie de dégager une politique africaine commune. Cela n’empêche pas toutefois certains membres comme la France d’avoir une politique propre envers l’Afrique, notamment pour des raisons historiques et économiques.

Vous avez récemment évoqué la restitution des biens et capitaux de l’Europe à l’Afrique. De quoi s’agit-il? Ce sujet est-il à l’agenda?

De nombreux objets de grande valeur culturelle en Afrique furent accaparés pendant la colonisation, et se retrouvent aujourd’hui dans des musées européens. Durant les négociations menant au premier sommet du Caire en 2000, la partie africaine avait insisté pour la restitution de ses biens. Le Plan du Caire prévoit la mise sur pied d’un comité pour en dresser la liste et préparer leur restitution. Il était aussi question de la restitution des capitaux illégalement transférés et entassés en Europe surtout par des dirigeants africains véreux. Il n’y a pas eu grand progrès dans ces domaines. Ces sujets ne sont malheureusement pas à l’agenda.

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