«Ceux qui n'aiment pas le business du pétrole et du gaz, dehors!» A Dallas, on ne plaisante pas avec l'or noir et la mythologie qui l'accompagne. Surtout lors de l'assemblée générale (AG) d'ExxonMobil, le géant de la branche. Pourtant, il n'est plus question d'écarter les trublions écologistes d'un revers de main, comme tentait de le faire Steven Milloy, gestionnaire de la «Free Enterprise Action Fund et actionnaire d'Exxon. Car ces «ennemis du capitalisme» avaient, lors de l'AG de mercredi un allié de poids: la famille Rockefeller.

L'entrée de la dynastie pétrolière dans la bataille avait provoqué des attentes considérables: voilà les héritiers de la famille qui avait fondé Standard Oil (l'ancêtre d'ExxonMobil) prenant la tête de la contestation, au sein même du temple dédié au pétrole. La famille Rockefeller insistait notamment pour que la compagnie nomme un président indépendant de la direction, qui chercherait les moyens de faire face aux nouveaux défis qui se posent aux compagnies pétrolières. Ce nouveau président aurait eu notamment pour tâche d'investir massivement dans les énergies renouvelables et les carburants propres, afin de dépasser l'ère de l'énergie fossile.

Réorientation refusée

Toutes les propositions des Rockefeller et de leurs alliés ont été balayées par les actionnaires mercredi. Un texte qui visait à ce que Exxon établisse une série d'engagements en matière d'émissions de gaz à effet de serre n'a recueilli que 30% des voix. Et une autre proposition cherchant à mesurer les conséquences du réchauffement climatique sur les populations pauvres a été écartée par 90% des actionnaires. Quant à la création du poste de président, elle n'a eu le soutien que de 40% de l'assemblée, une proportion équivalente au vote de l'année dernière, qui allait dans le même sens.

Un échec, donc? Les défenseurs d'une réorientation stratégique de la compagnie ne l'ont pas perçu comme tel. Le fait que leurs soutiens n'aient pas faibli malgré des résultats exceptionnels (40,6 milliards de dollars de bénéfices l'année dernière) montre assez, notent-ils, que leurs thèses font du chemin au sein de la compagnie. «Nous pensons que l'époque où ExxonMobil et ses dirigeants pouvaient continuer d'opérer comme s'ils étaient sur une île est aujourd'hui révolue», notaient dans un communiqué les descendants des Rockefeller.

Pour sa part, le PDG, Rex Tillerson, a rappelé aux actionnaires que la compagnie avait dépensé 2 milliards de dollars en l'espace de cinq ans dans des initiatives visant à réduire les gaz à effet de serre et qu'elle comptait y consacrer un milliard supplémentaire d'ici à 2010. Mais s'il a insisté sur le fait qu'ExxonMobil devait «réduire ses empreintes sur l'environnement», Tillerson a rappelé que le pétrole et le gaz représentaient la raison d'être de la compagnie. «Nous savons que le pétrole est un besoin pour la société», expliquait-il en insistant sur la «responsabilité sociale» de sa compagnie à cet égard.