Une guerre des chefs a éclaté à la tête du plus grand syndicat industriel du monde. Hier soir, à 19 heures, la direction d'IG Metall était toujours réunie à Francfort pour tenter de débloquer un conflit ouvert entre le président, Klaus Zwickel, et son successeur désigné, le vice-président Jürgen Peters.

La crise a été déclenchée par une grève impopulaire menée dans l'ex-RDA en juin dernier. IG Metall réclamait l'application des 35 heures dans les «nouveaux Länder» pour plus de 300 000 employés. Un mouvement très mal perçu par l'opinion alors que l'Allemagne, lanterne rouge en Europe en terme de croissance, fait face à une grave crise économique et est entrée en récession.

Stratégiquement, IG Metall n'a pas vraiment choisi le bon moment pour réclamer les 35 heures à l'Est. Divisés eux-mêmes sur un conflit jugé «insensé» par le patronat, les médias et une partie même des syndicats, les dirigeants d'IG Metall ont dû suspendre brutalement leur mouvement. Une défaite traumatisante pour toute l'organisation. Pour la première fois dans l'histoire de ce puissant syndicat, une grève était abandonnée sans résultat.

Les conflits larvés n'ont pas tardé à éclater au grand jour. Jürgen Peters, le vice-président d'IG Metall, était accusé d'avoir mené une grève dans le but d'obtenir un soutien massif à sa candidature pour le poste de président qu'il brigue au congrès d'octobre prochain.

Klaus Zwickel, le président sortant, l'a tenu pour responsable de cette grève avortée. Jürgen Peters a «trompé» la direction, a-t-il estimé. Comme lui, plusieurs membres de la direction ont réclamé son retrait. «Quelqu'un qui contribue à une défaite puis qui envenime la crise au sein d'IG Metall n'est pas digne de conduire les affaires d'une telle organisation», estime Bruno Neumann, le représentant d'Essen.

Klaus Zwickel, comme d'autres «réformateurs», n'a d'ailleurs jamais soutenu la candidature de son vice-président. Son choix se porte sur Berthold Huber, du Bade-Wurtemberg, un homme jugé plus ouvert aux réformes.

Perte d'influence

Jürgen Peters, qui incarne la ligne traditionnelle du syndicat, n'a pourtant pas cédé aux pressions des réformateurs. «Quelqu'un cherche à me nuire et fait du tort à tout le syndicat», a-t-il dénoncé en visant Klaus Zwickel. A l'origine de nombreux accords modèles, il est apprécié par la base pour son style mordant et revendicatif. Pour sauver des milliers d'emplois chez Volkswagen en 1993, il avait notamment négocié la semaine de 28,8 heures sans compensation complète de salaire.

Derrière ce combat de chefs, c'est surtout les dysfonctionnements du syndicalisme allemand qui éclatent au grand jour. «Cette organisation ayant une grande expérience du combat syndical n'a pas pris conscience des changements autour d'elle. Elle a perdu son orientation», analyse Ulrich Mückenberger, professeur en droit du travail à l'Université de Hambourg.

La perte d'influence des syndicats allemands est marquée par un effondrement du nombre de ses adhérents. Depuis 1991, la Fédération des syndicats allemands (DGB) a perdu plus de 34% de ses membres, de 11,8 millions à 7,7 millions. Plus grave, les patrons quittent les uns après les autres la table des négociations «par branche» pour concocter des accords «maison». En 2002, plus de 7000 firmes avaient passé des accords avec le comité d'entreprise. Elles n'étaient que 3150 en 1991…