Le ton de l’audition a été donné dès les premiers échanges par le sénateur Carl Levin, le président de la sous-commission permanente des enquêtes. Ce dernier a cité un courriel interne de Goldman Sachs, qui affirmait que l’un des produits financiers vendus par la firme était «une affaire de merde».

«Combien de ces «affaires de merde» avez-vous vendu à vos clients?», a demandé M. Levin à Daniel Sparks, l’ex-responsable de la division des prêts hypothécaires. M. Sparks n’a pas répondu directement sur ce point et précisé que l’adjectif ne correspondait pas à sa propre description de l’opération.

«Fausses accusations» Les sénateurs ont également questionné le Français Fabrice Tourre au cœur des accusations de fraude. «Je crois fermement que ma conduite a été correcte», a déclaré ce responsable financier qui était à l’époque des faits reprochés, en 2007, vice-président au sein d’une unité de produits structurés de la banque.

«Je nie catégoriquement les allégations de la SEC (le gendarme boursier américain). Et je me défendrai devant la justice contre ces fausses accusations», a déclaré M. Tourre dans un anglais parfait au cours de sa déclaration préliminaire.

D’autres salariés et dirigeants de Goldman Sachs devaient être entendus par la commission sénatoriale, parmi lesquels le PDG Lloyd Blankfein. Dans son intervention préparée à l’avance, M. Blankfein a nié que la banque ait «parié» contre le marché immobilier ou ses clients, perdant au contraire 1,2 milliard de dollars dans les titres liés à l’immobilier résidentiel.

«Nous n’avons pas parié massivement contre le marché du logement et nous n’avons certainement pas parié contre nos clients», a-t-il déclaré.

Bulle immobilière Les sénateurs conduisent actuellement une série d’auditions sur les causes de la crise financière de 2008, déclenchée en partie par une mauvaise gestion des actifs immobiliers à risque. L’audition de mardi intervient à environ six mois des élections législatives de mi-mandat et en plein débat au Capitole sur les moyens de mettre fin aux «comportements risqués» des grandes firmes de Wall Street.

Dans un communiqué, la sous-commission a estimé que Goldman Sachs avait contribué à gonfler la bulle immobilière en concevant des produits obligataires regroupant des créances à risques entre 2004 et 2007, avant d’incorporer ces titres dans des produits complexes.

Lorsque le marché immobilier s’est retourné, Goldman Sachs est devenu vendeur à découvert, pariant ainsi sur la baisse pendant toute l’année 2007, a ajouté la commission, qui reproche à la banque de ne pas avoir révélé ses positions à ses clients et d’avoir vendu à certains d’entre eux des titres dont elle souhaitait se débarrasser.

Jugements «parfois justes, parfois faux» Dans sa déclaration préliminaire, le sénateur Carl Levin a qualifié Goldman Sachs de «tapis roulant» qui a transmis des titres toxiques à l’économie américaine. Il a également accusé l’établissement de faire fortune à travers des transactions douteuses. «Son comportement remet en question le fonctionnement de Wall Street dans son ensemble», a-t-il accusé.

Les dirigeants de Goldman Sachs se sont défendus en expliquant que la banque n’avait pas prédit l’évolution du marché immobilier mais qu’elle avait simplement pratiqué une gestion classique de ses risques. Un vif débat a eu lieu en interne sur l’évolution du marché immobilier mais n’a abouti à aucune conclusion définitive, a expliqué le directeur financier, David Viniar.

Il a ajouté que la banque avait décidé de réduire son exposition et qu’elle avait cédé certaines positions à des investisseurs qui les jugeaient intéressantes. «Comme nos jugements, leurs jugements se sont parfois révélés justes et parfois faux», a-t-il poursuivi.