Les réformes «structurelles» et les grands travaux devraient permettre à l’économie mondiale d’éviter une période «médiocre», ont estimé les participants aux réunions d’automne du Fonds monétaire international (FMI) qui se sont achevées dimanche à Washington. Les modalités font toutefois encore débat.

Depuis jeudi, Washington a hébergé des cohortes de ministres et de banquiers venus soupeser les «risques» économiques à l’occasion des assemblées du FMI, de la Banque mondiale, de l’IIF (le lobby bancaire international) ou encore d’un G20-Finances.

Alors que l’économie mondiale est menacée d’une longue période de croissance «médiocre», selon les mots de la directrice du FMI, Christine Lagarde, la zone euro a été identifiée comme le point noir sur le globe en raison de sa stagnation et de sa faible inflation.

Ailleurs, les Etats-Unis sont en plein redémarrage, l’Asie se porte bien (à l’exception du Japon) et les pays émergents ne s’en sortent pas trop mal, le Brésil et la Russie mis à part. L’Afrique, elle, voit ses perspectives assombries par la menace du virus Ebola, qui pourrait compromettre l’essor du continent.

«Tout le monde était concentré sur les vrais défis, qui sont les réformes structurelles bien plus que les politiques macro-économiques», a estimé Tharman Shanmugaratnam, président du CMFI, l’organe politique du FMI.

Réforme des retraites, poids de l’éducation

Selon les participants, la balle est désormais dans le camp des politiciens, des gouvernements, bien plus que dans celui des techniciens ou des banquiers centraux. «Il y a besoin de favoriser les réformes structurelles», a commenté le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.

«Il faudra du courage politique (...) mais cela peut être fait», selon Tharman Shanmugaratnam, par ailleurs ministre des finances de Singapour, citant comme réforme souhaitable, selon lui, la libéralisation des services en Europe, la réforme des retraites aux Etats-Unis ou de l’éducation dans les pays émergents.

Certains pays y parviennent, a relevé Christine Lagarde, qui a par exemple salué à plusieurs reprises pendant ces quelques jours les réformes menées au Mexique (secteur pétrolier et télécoms) ou le Rwanda. Le sujet des réformes et leur contenu précis sont particulièrement sensibles en zone euro.

«La question des réformes de structures ne fait débat chez personne, il faut faire des réformes de structures», a commenté le ministre français des finances Michel Sapin, dont le pays est attendu au tournant sur les réformes libéralisant l’économie, tout comme l’Italie.

Les débats internes à la zone euro se sont bien sûr invités à Washington, avec les appels répétés de plusieurs participants à ce que certains pays disposant d’une marge de manoeuvre budgétaire, comme l’Allemagne, participent à la relance européenne.

Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, même s’il a affirmé «ne pas avoir senti de pression», a multiplié les déclarations pour dire que la croissance ne s’obtenait pas en renonçant au sérieux budgétaire. Il a toutefois déclaré samedi que l’Allemagne «allait devoir renforcer ses efforts pour l’investissement dans le secteur public et privé».

Eveline Widmer-Schlumpf pour les infrastructures

L’autre mantra des leaders économiques mondiaux concernait l’appel à lancer des grands travaux. «Le manque d’infrastructures représente un obstacle majeur à la croissance», a déclaré Jacob Lew, secrétaire d’Etat américain au Trésor.

Sur ce sujet, l’Allemagne a là encore été appelée à délier les cordons de la bourse. Le ministre italien des finances, Pier Carlo Padoan, a estimé que «les dépenses d’infrastructures sont bonnes pour l’Italie et pour l’Allemagne». «Je pense que M. Schäuble serait d’accord, ils ont besoin de beaucoup investir dans les infrastructures», a-t-il dit.

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a quant à elle insisté sur le fait de rendre attrayants les projets d’infrastructures pour les investisseurs privés. La cheffe du Département fédéral des finances a cependant plaidé en faveur d’une implication commune des secteurs public et privé.

A un niveau plus vaste, la Banque mondiale a lancé un fonds spécial dédié à ce type d’investissements, un des chevaux de bataille de la présidence australienne du G20 qui s’achèvera au sommet des chefs d’Etat de Brisbane en novembre.