Gestion

Diriger l’entreprise du futur, ça s’apprend

Robotisation, réalité virtuelle ou travail à distance. L’Université de Lausanne ouvre en mai prochain une formation continue qui a pour objectif d’aider les cadres à faire face aux défis du futur

Ils étudieront la robotisation, le big data, les changements climatiques ou le leadership émotionnel. Des millennials qui regardent vers l’avenir? Pas du tout. Ce sont plutôt des têtes grisonnantes que s’attendent à recevoir les créateurs du Certificate of Advanced Studies (CAS) en management et leadership. Cette formation continue de la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne débutera en mai pour dix-sept jours de cours répartis jusqu’en juin 2020, pour un coût de 20 000 francs.

«Cette formation s’adresse aux cadres qui gèrent des équipes, commente Isabelle Chappuis, à l’origine de ce CAS et directrice du Future Skills Lab, une unité de recherche sur l’obsolescence des compétences qui appartient à l’Université de Lausanne. «Les cadres se demandent comment réinventer leur stratégie alors que se posent des questions nouvelles telles que: «Comment gérer mes collaborateurs alors qu’ils ne sont plus tous dans le même bureau?»

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Transformer les menaces en avantages concurrentiels

L’idée du CAS est née d’un constat. «Ceux qui ont les responsabilités les plus élevées dans les entreprises ne savent pas forcément anticiper les changements qui vont avoir une incidence sur leurs activités», estime Thomas Rouaud, responsable du développement stratégique de l’Executive Education HEC Lausanne.

«Nous allons montrer comment des nouveautés qui paraissent une menace pour la survie de l’entreprise peuvent avoir du sens et même devenir des avantages concurrentiels, poursuit Thomas Rouaud, par exemple l’introduction de robots dans une industrie non robotisée ou l’intégration des questions environnementales dans le modèle d’affaires.»

L’idée est de montrer pour quels procédés introduire de l’automatisation peut être pertinent dans une entreprise, pour améliorer le quotidien de l’employé

Aude Billard, professeure à l’EPFL

Les deux initiateurs le clament: les cours aborderont les questions de demain. Mais une formation n’est-elle pas toujours tournée vers l’avenir? «Oui, évidemment, concède Isabelle Chappuis. Mais celle-ci a la particularité d’être à la frontière entre l’ingénierie et le management. Et on ne fait pas de la divination: nos prédictions sont basées sur les dernières recherches de nos professeurs, à la fois de l’EPFL et de HEC Lausanne.»

Parmi ce corps professoral hybride, Aude Billard, professeure à l’EPFL, est en charge d’un cours intitulé «Robotisation et automatisation». «L’idée est de montrer pour quels procédés introduire de l’automatisation peut être pertinent dans une entreprise, pour améliorer le quotidien de l’employé. Dans l’industrie notamment, les capacités des robots ont beaucoup évolué pour remplacer des tâches répétitives.»

A la question de savoir si des cadres d’un certain âge feront véritablement usage de ces technologies, Aude Billard répond: «Les quelques heures de cours sur ces questions ne suffiront pas, mais ils auront beaucoup de documentation à disposition et réaliseront un travail sur un sujet choisi en lien avec leur entreprise, par exemple sur la façon de programmer une machine.»

Sortir les technologies du cadre académique

Pour la professeure, cette formation est pertinente. «De nombreuses technologies sont prêtes en laboratoire, et je trouve important qu’elles sortent du cadre académique et soient connues.»

Mais si le futur évoque souvent la technologie, l’entreprise va évidemment aussi vers un changement humain. Et l’enseignement s’attarde sur cet aspect à travers un module dans lequel sont notamment donnés des cours de leadership émotionnel et éthique. Marianne Schmid Mast, professeure à HEC Lausanne et psychologue, donnera le cours «Leadership interpersonnel» du nouveau programme.

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Un enseignement doublement tourné vers l’avenir, puisqu’il combinera développement de compétences interpersonnelles «du futur» et réalité virtuelle. «On ne privilégiera plus un seul style de leadership, annonce Marianne Schmid Mast. La clef sera d’être adaptable au collaborateur: donner plus d’autonomie pour certains, et plus de cadre à ceux qui en ont besoin.»

Un discours face à un public en réalité virtuelle

Pour entraîner les cadres à être convaincants face aux employés, la professeure a mis en place un exercice de simulation plus vrai que nature. «Nous travaillerons sur un discours de fin d’année par exemple, raconte-t-elle. Puis le cadre s’exercera en réalité virtuelle, face à un public nombreux ou dans une petite salle dans laquelle des employés perturberont la prise de parole.»

Ces capacités humaines d’échange et de communication seront toujours plus valorisées, selon Marianne Schmid Mast: «Les gens ont et auront souvent plusieurs carrières. Ils devront sans cesse travailler avec de nouvelles personnes sur de nouveaux projets.»

Pas facile pourtant lorsque l’on se dit avant-gardiste de ne pas se laisser dépasser. Mais Isabelle Chappuis est confiante: «C’est entre autres la mission des professeurs de savoir à quoi ressemblera le monde de demain. La formation sera amenée à évoluer chaque année en fonction de l’avancée des recherches et de l’échange avec les étudiants.»

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Prévoir l’avenir de la société et donc de l’entreprise: pas de doute que cette perspective séduit dans le contexte actuel. Thomas Gauthier est professeur à la Haute Ecole de gestion de Genève et responsable de l’orientation «prospective» d’un Master of Science en Business Administration, une formation destinée à des étudiants diplômés d’un bachelor. Un public très différent des cadres donc, mais qui vise aussi à explorer les futurs possibles afin de faire les meilleurs choix.

Cette formation, qui a débuté en septembre 2018 à Genève, répond elle aussi à un besoin. «Les entreprises nous disent que beaucoup de jeunes diplômés n’ont pas vraiment les capacités pour se débrouiller dans une société en mouvement, éclaire Thomas Gauthier, donnant l’exemple d’Airbnb et Uber, qui ont transformé l’industrie. Il faut donc une relève capable de percevoir tôt les futurs en émergence.» Pour ce faire, les étudiants apprennent notamment à sonder leur environnement et à décider dans l’incertitude.

Et que pense le professeur de la formation «futuriste» destinée aux cadres? «Il est de plus en plus difficile de donner du sens aux changements auxquels on fait face, réagit Thomas Gauthier. Toute nouvelle formation qui contribue à outiller les acteurs de l’entreprise pour qu’ils aient un temps d’avance sur les transformations sociétales me paraît pertinente.»

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