Discrètement, le franc s’approche de nouveau de la parité avec l’euro

Devises Plusieurs pistes expliquent pourquoi la monnaie unique ne cesse de s’affaiblir

Une dynamique qui devrait être confortée par la rencontre de la BCE mercredi

Très discrètement. Dixième de centime après dixième de centime. Le franc continue de se renforcer face à la monnaie unique. Mardi matin, en passant sous la barre des 1,03 pour un euro, il a atteint un niveau plus vu depuis fin janvier. Et se dirige tout droit vers un retour à la parité. La réunion de la Banque centrale européenne (BCE) ce mercredi – où le point sera fait sur le programme de rachat d’obligations lancé le 9 mars – devrait accentuer ce phénomène.

Selon toute vraisemblance, le président de la BCE, Mario Draghi, annoncera la poursuite de son programme de rachat d’obligations (QE). Objectif: faire baisser les taux d’emprunt d’abord sur les marchés obligataires puis, par ricochet, sur le crédit. Ce qui devrait relancer l’ensemble de la zone euro. «En résumé, la BCE veut soutenir l’économie européenne en affaiblissant l’euro, le franc s’en voit donc mécaniquement et durablement renforcé», explique Thomas Veillet, cofondateur d’Investir.ch. A cette fin, sur le mois de mars, l’institution basée à Francfort a injecté 61 milliards d’euros dans la machine financière. Et entend en déverser encore 1079 milliards d’ici à septembre 2016. «Contre l’euro, le franc va rester fort durant toute cette période», prédit Peter Rosenstreich, chef stratège des devises chez Swissquote.

Mais cette seule réunion n’explique pas tout. Pour Peter Rosen­streich, au moins trois autres pistes peuvent être avancées pour comprendre pourquoi le franc devient si fort. «Ces dernières semaines, le dollar se renforce fortement contre l’euro; on se situe actuellement à des niveaux plus vus depuis mars 2003. Cela affaiblit la monnaie unique, qui, par ricochet, perd du poids face au franc.» Entre euros et dollars ou euros et francs suisses, on s’approche donc d’une double parité.

Côté macroéconomique, ensuite, la Grèce continue d’assombrir l’avenir de la zone euro. «Athènes pourrait manquer de capitaux pour rembourser ses créanciers, redoute Peter Rosenstreich. Les investisseurs sont inquiets et fuient donc l’euro.»

Troisième piste: la surprise créée par la robustesse de l’économie suisse. Après l’abolition du taux plancher entre le franc et l’euro le 15 janvier dernier, tout le monde croyait que la croissance suisse allait plonger, rappelle Peter Rosen­streich. «Mais après deux mois, les indicateurs conjoncturels tiennent bon et les effets du franc fort ne sont pas aussi dévastateurs qu’imaginé. Conséquence: le franc apparaît plus que jamais comme une valeur refuge», estime l’expert. Un avis partagé par l’agence de notation Standard & Poor’s. Lundi, elle estimait dans un communiqué que «le choc du franc fort sera moins néfaste pour l’économie que certains ne le pensent». Même si l’appréciation du franc «pourrait fortement ralentir l’activité économique».

L’analyste d’IG Bank Laurent Bakhtiari dessine une dernière piste pour expliquer comment le franc «se renforce sans faire de vagues». «Ces dernières semaines, des rumeurs ont couru sur le marché: on soupçonnait la Banque nationale suisse de maintenir le franc dans une fourchette comprise entre 1,05 et 1,10 pour un euro grâce à des achats de devises.» Maintenant que le franc a enfoncé la frontière psychologique du 1,05, ces rumeurs ne tiennent plus. «A court terme, nous allons tout droit vers la parité», affirme Peter Rosenstreich.

«Des rumeurs ont couru sur le marché:on a cru que la BNS maintenait le franc dans une fourchette»